Petite réflexion sur le classement numérique


Antoine et Martin veulent construire un tableau de scores à la fin de leur descente en slalom. Ils y travaillent depuis l'an passé déjà ! Nous réfléchissons à tout ce que ce nouveau désir entraîne dans leur programme.

Il faudra que l'ordinateur retienne le nom des joueurs et leur meilleur score. Le chrono fonctionne déjà et s'affiche à l'écran, mais, actuellement, après chaque descente, le résultat est perdu ! Ensuite,comme il s'agit de chronométrage des meilleurs temps, il faudra effectuer un tri croissant sur ces nombres et ne tenir compte que des dix premiers ! Et pour terminer, il faudra afficher ces informations dans un tableau à l'écran.

Dit comme çà, cela semble relativement logique et simple, mais, lors des discussions que nous avons entre nous (les deux enfants et moi), je ne donne pas "cours" de logo. J'accompagne les enfants dans leur raisonnement en suscitant leur réflexion et leur questionnement. Je les informe des tâches que l'ordinateur est capable ou incapable de réaliser.

Voici par exemple le type de réflexion que nous avons eue à propos du classement des nombres dans l'ordre croissant...

Martin croit que l'ordinateur est intelligent et qu'il s'acquitera aisément de ce travail. Pas si simple pourtant !

En Logo, il n'est possible que d'effectuer des opérations simples avec lesquelles il faudra se débrouiller !

Et dans notre cerveau ... les choses sont-elles tellement plus simples ? Pour tenter d'y voir plus clair, je propose ce petit test aux enfants.

12 8 14 17 13

8 12 13 14 17

123004 132004 124003 130420 124300

Effectivement, ce n'est plus si simple ! ... Recherches, tâtonnements, résultats contradictoires, rectifications, pour arriver finalement à la réponse correcte:

123004 124003 124300 130420 132004

Non, bien sûr ! Nous devons employer notre réflexion pour nous appuyer sur d'autres règles de classement, sur d'autres lois. Lesquelles ?

Mais l'apprentissage de nouvelles commandes n'est pas l'objectif final. Que l'on travaille sur un projet ou sur un autre, ce qui importe, c'est de véritablement construire son savoir, c'est à dire en être l'acteur principal, responsable et dynamique. Il s'agit donc d'un chemin personnel d'introspection, d'une connaissance de soi, de son fonctionnement et de ses ressources, mais aussi d'une écoute et d'un partage avec l'autre dont le chemin intellectuel n'est pas forcément pareil.

Cette attitude permet une distanciation de son point de vue et une analyse des avantages et inconvénients de chaque solution envisagée. L'autre me permet d'élargir mon horizon, de me confronter au différent et ainsi, de grandir et de progresser.

Ces aptitudes et attitudes sont bien plus importantes que le projet lui-même. Elles sont immédiatement utilisables dans d'autres domaines de connaissance et dans la vie en général.

Si je suis prêt à consentir à cet effort sur moi-même, c'est uniquement parce que j'ai un projet fort, qui me motive et dont je suis l'auteur réel. C'est aussi parce que je sais que je pourrai le gérer dans le temps avec l'aide bienveillante de l'animateur et des autres.


© Yves De Saedeleer Avril 1998
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