Le laboratoire d’informatique à l'école des Bruyères.
Dans notre école, depuis quelques années nous ne disposons plus d’un professeur
spécialement affecté à l’informatique. Questions de choix et de priorités définis au sein de
notre ASBL.
Passionné par le monde des ordinateurs, j’ai toujours disposé de quelques ordinateurs en
classe.
Jusqu’alors le nombre d’ordinateurs présent dans ma classe ne dépassait jamais cinq.
C’était encore gérable. (Un coin de ma classe était réservé aux ordinateurs, comme
d'autres sont réservés aux « artistes » ou aux imprimeurs).
Cette année, nous avons reçu cinq ordinateurs.
Avec leur arrivée le manque de place devenait un réel problème. De même le plus grand
nombre de « bécanes » permettait aussi d’accueillir plus d’enfants des autres classes. J’ai
pu alors disposer d’un local contigu à ma classe. Un week-end de travail pour l ’aménager
et le laboratoire d’informatique renaissait (1).
Mais, moi, je dois être présent dans ma classe ! Qui donc va s’en occuper ?
Se pose alors le problème de la responsabilité du laboratoire et de son animation.
Pour jeter un coup d’oeil de temps en temps, pour veiller au rangement, à la fermeture des
ordinateurs aucun problème, épaulé par Boris, Marisel, Céline ou un autre enfant cela se
passe très paisiblement.
Depuis son fonctionnement, malgré le passage d'une centaine d'enfants par semaine, nous
n’avons à déplorer aucune panne, aucune casse.
Il faut dire que l’accès au local, et je le reprécise de temps en temps, est lié à la condition
qu’on y vienne pour faire de l’informatique. Courir, crier, danser, ... se font dans les
espaces de jeux, c’est-à-dire ailleurs. Cette règle bien comprise fait du laboratoire
d’informatique un lieu où les enfants viennent librement pour s’adonner principalement
aux joies du Logo.
Restait le second problème : celui de l’animation.
Depuis le départ d’Yves (animateur du local d’informatique) je restais le seul référent dans
ce domaine. C’est tout naturellement dans ma classe que les ordinateurs avaient alors
atterri. Chaque année, le problème de la formation, de l’animation se reposait pour moi.
Comme Célestin Freinet l’aurait certainement fait, je me suis alors reposé sur les enfants
en faisant confiance à leurs capacités de compagnonnage. A la fin de chaque année
scolaire, durant le mois de juin, je veillais à ce qu’un enfant de ma classe « forme »
quelques enfants de la classe que j’aurais l’année suivante. Les enfants formés reprenaient
alors un ordinateur chez eux durant les vacances et poursuivaient leurs découvertes, leurs
apprentissages. A la rentrée, ils devenaient à leur tour formateurs pour les autres enfants
de la classe. Mon rôle d’animateur en était alors assez limité. Il me suffisait de temps en
temps d’intervenir pour soutenir un enfant dans son projet, pour le conseiller, pour lui
ouvrir d’autres portes, .... Evidemment cela pouvait se réaliser tant que ces activités se
limitaient à ma classe. Je pouvais en effet de temps en temps prendre un projet Logo et en
discuter avec les enfants ou intervenir en fonction d’une demande ou l’autre. Mais à partir
de cette année ces interventions sont beaucoup plus difficiles à mettre au point . J’ai de
nouveau fait confiance aux enfants. Après deux mois, durant lesquels, j’ai très fort associé
le Logo aux activités de la classe, les enfants devenaient tout à fait capable d’animer eux-
mêmes des petits groupes venus d’autres classes.
C’est ainsi que Bernard, Maria, Céline, Julie, et quelques autres enfants ont pris en charge,
une fois par semaine, des enfants d’autres classes. C’est le temps des Formations Logo
pour les classes de deuxièmes, troisièmes et quatrièmes primaires. Ce système est encore
actuellement en vigueur bien que nettement moins nécessaire. En effet les enfants ont
chacun parcouru un chemin à leur rythme : pour certains passionnés les marches du
tâtonnement se gravissent à grandes enjambées, pour d’autres, chaque étape est
nécessaire, mais pas spécialement identique. A l’heure actuelle il n’y a donc plus un réel
problème de formation. En fait l’utilisation des ordinateurs et des logiciels commence à
faire partie du patrimoine de l’école. Ce sont les enfants qui se le transmettent, qui le
véhiculent. Il y a bien sûr aussi certains acharnés du Logo qui suivent une petite formation
que je donne chaque lundi après l’école. Ces enfants-là deviennent de réel "moteur" pour
les autres élèves, ils communiquent leurs découvertes, leur enthousiasme, à leur tour ils
deviennent référents.
A titre d’exemple, lorsque Jean-Guy (3ème année) arrive le mardi matin, à la rencontre, il
profite de ce moment pour raconter ce qu’il a appris la veille à l'atelier Logo. Après la
rencontre, il n’est pas rare de voir le laboratoire d’informatique envahi par les enfants de
cette classe. En effet, ils désirent tous essayer ce que Jean-Guy leur a raconté.
Autre exemple, lorsqu'on a installé le traitement de texte sur les ordinateurs, c'est Grégory
(6ème année) qui s'est chargé de le faire. Ensuite, c'est encore lui qui s'est occupé de
former Roxane, Emmanuelle, Julie, Céline et quelques autres enfants des classes de 3èmes
et 4èmes années pour les initier à l'utilisation de ce programme. A leur tour, ces enfants
formés, pourront devenir dans leur classe des référents.
Quant aux aînés, qui sont passés dans ma classe et qui se retrouvent aujourd’hui en
cinquième ou sixième année, certains ont en eux ce virus. Le laboratoire d’informatique
leur est ouvert durant les temps de midi. C’est à ces moments que d’une manière tout à
fait naturelle on retrouve aussi bien Grégory, Elouan ou Allan qui expliquent l'une ou
l’autre chose à un enfant de troisième ou quatrième année.
Il serait inutile que je vante les mérites du laboratoire d’informatique, vous aurez pu les
lire entre les lignes. Cependant, je ne pense pas qu’il faille limiter les activités
d’informatique à ce lieu. En effet depuis plus de quinze ans je suis convaincu qu’un
ordinateur a sa place dans une classe comme le géoplan, le microscope, le dictionnaire,
l’encyclopédie, les réglettes Cuisenaire ou tout autre outil pédagogique. C’est avec
beaucoup de plaisir que j’ai donc vu entrer des ordinateurs dans les classes de mes
collègues. Le laboratoire d’informatique permet aux enfants de ces classes de venir
s’enrichir, partager leurs essais, leurs tâtonnements,... Cela devient un lieu de
communication où ils parlent dans leur « jargon » des découvertes qu’ils ont faites sur leur
« bécane ».
Ce lieu, aujourd’hui, est un lieu qu'ils se sont appropriés; il était indispensable de mettre
sur pied un projet qui leur garantisse la viabilité du laboratoire d’informatique à long terme
afin de ne pas perdre comme ce fut le cas dans le passé tout notre patrimoine
informatique.
C’est ainsi qu’est né le projet de la coopérative informatique. (2)
(1) Nous avons déjà eu plusieurs locaux dans l’école qui ont servi de laboratoire
d’informatique dont le « ciel », local sous les toits, qui fut aménagé et géré lorsque nous
disposions d’un professeur spécialement affecté à cette activité.
(2) Voir à l'école des Bruyères http://www.freinet.org/creactif/bruyeres/index.html