A la rencontre du professeur Poilodeau


Bernard.Deschamps@ac-versailles.fr
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Animateur informatique
Coordinateur Centre Ressource Informatique et Pédagogique de l'Essonne
91000 Evry

est venu passer quelques heures aux Lônes, un matin, avant les vacances de Février .

Voici le compte-rendu qu'il a fait de cette visite.
(Je le remercie au passage car rares sont les collègues qui prennent la peine de rédiger leurs impressions à la suite d'une visite de classe.)


Savoir joindre l'utile à l'agréable comme m'a dit Marc Eskenazi, du
programme 3Graines de Multimédia" que j'ai joint quelques instants après
avoir quitté la classe de CM1-CM2 de l'école des Lônes. Mais c'est enfin de
compte l'agréable que j'ai surtout retenu.

8h30, à l'école des Lônes à Six Fours, près de Sanary dans le Var, une
rentrée calme. Des enfants rejoignent leurs classes . Après une rapide
présentation et un café très apprécié, Alain m'a parlé de
son cheminement pédagogique depuis l'aube de la télématique, du fax de la
petite école dans l'arrière pays à la venue sur cette école avec ses
pratiques.
Tiens, au fait et les enfants ? Et bien, nous les avons retrouvés débattant
tranquillement au sein de la BCD. Installés confortablement en carré avec
un président de séance qui n'eut pas trop à faire tant l'écoute mutuelle
semblait naturelle. Quelle chance, j'arrivais au moment de la lecture du
dernier chapitre du "Secret de la Momie de Toutenkarton". On sentait le
plaisir qu'ils avaient eu à vivre ce projet. Violette et Tommy avaient mené
à bien leur projet de création. Au début de chaque semaine la classe
écoutait l'évolution de la création et émettait ses remarques, très souvent
prises en compte par les 2 "écrivains". Leur instit participant à la
discussion non pour imposer mais proposer comme chacun des "éléments" du
groupe et synthétiser les remarques.
Au cours de ces débats bien minutés dans le temps tous les problèmes de la
classe sont étudiés et l'on s'aperçoit déjà qu'Internet n'est pas un
élément qui vient se plaquer à part mais fait bien partie prenante en tant
qu'outil comme d'autres de la vie de tous les jours des enfants.
Tommy fait remarquer qu'ils manquent de temps pour envoyer leur dernier
chapitre, sur les listes de diffusion  avant les congés. Leur maître
leur fait remarquer qu'ils peuvent aussi échanger leur temps de français
contre cette dernière mise en ligne. Savoir gérer son temps, voici des
enfants qui le font tous les jours très naturellement tout en sachant
s'évaluer. On aborde aussi les autres projets personnels de chaque enfant.
La possibilité de liens entre ces divers projets.
On image même une suite possible au projet de Tommy et Violette.
Des projets germent naturellement au milieu d'échanges. A première vue "le
terrain a été bien fertilisé et entretenu alors la récolte est bonne".
J'ai des tas de questions à leur poser mais je me sens un peu un intrus au
milieu de cette classe où tout semble se gérer si facilement, alors tout en
leur faisant mes remarques je m'impose plutôt une certaine réserve et je
décide de me placer en observateur.. On sait très bien que ce ne sont pas
les discours, les projets papier mais le vécu possible dans la classe qui
permet de comprendre la "réussite". Celle-ci dépend aussi de la pédagogie
appliquée. Alain Bar m'indiquera qu'au début il présentait à d'autres
collègues les réalisations effectuées dans son école mais que ressorties de
leurs contextes cela faisait plutôt peur et avait un effet inverse à celui
souhaité !
Toujours au cours de ces débats est abordé celui de la messagerie :
a) "On n'a pas reçu beaucoup de dessins ces derniers temps pour le dernier
chapitre de Toutenkarton". Le texte envoyé sur les listes de diffusion
est aussi mis sur le site ( http://ecolones.home.ml.org ) de l'école et
agrémenté par les dessins envoyés par d'autres enfants (tiens encore un
travail coopératif intéressant) (on pourrait aussi imaginer un texte
interactif entre les classes qui proposeraient des suite possibles : note
personnelle).
b) la messagerie pose problème, trop de messages et le tri et les réponses
sont difficiles à gérer, "et si nous ne répondons pas, on ne nous écrira
plus…"

Au cours de la discussion on remarque que pour l'instant seuls 4 enfants se
sentent capables de gérer la mise à jour du site. Il faudrait donc penser à
former des CM1 pour une gestion plus facile l'an prochain. Le problème du
poste unique messagerie et mise en page est abordé et résolu en dissociant
les deux fonctions. Un poste sera porteur de Frontpage en plus du serveur.
Toutes les remarques évoquées vont amener à aborder naturellement de
nouvelles compétences qui seront alors bien assimilées car ressenties comme
nécessaires par les enfants. L'informatique est bien un outil.
Est-ce que cela a été facile ? En montant dans la classe, Alain me dit
qu'il avait du y aller progressivement au sein de son école. Que la
participation au site était limitée, pour l'instant, au CM et que seules
certaines classes des petits niveaux, au début, intégraient l'outil
informatique. Que parler de méthodes "Freinet" faisait parfois appuyer sur
la pédale "du frein" pour certains collègues nouvellement nommés. Mais le
petit noyau faisait tache d'huile. Comprendre que l'on pouvait faire aussi
bien et même mieux en faisant évoluer ses pratiques pédagogiques : quelle
remise en cause !
Dans la classe des ateliers, pas besoin de dire quoi que ce soit, tout
semble fonctionner sans problème même si parfois il faut imposer. Les
enfants gèrent leur temps et leurs travaux.
Dans la salle informatique, 8 PC en réseau. Chaque enfant à son répertoire
où "s'entasse" une multitude de travaux (1 ou 2 textes en moyenne par
semaine sont réalisés, les enfants ne rechignent plus à écrire : "de petits
écrivains en herbe"…). Mais cette multitude pose le problème de la gestion
de la correction (enseignant, aide extérieure, autres enfants : diverses
possibilités sont envisagées.).
Aucun problème de réseau (même les plus jeunes gèrent sans difficultés),
utilisation et maîtrise des logiciels même à travers les touches de
fonction.
Les enfants ne rechignent pas à taper leurs textes et à faire des
présentations de ceux-ci : utilisation de Publisher, …
Pendant que les CM1 (ce jour là) suivent et participent à l leçon, les CM2
tapent leurs textes, réalisent leurs présentations, gèrent la messagerie
(le 1er tri est effectué sur la quantité de messages reçus pour une
présentation à la classe), le dernier chapitre de Toutankarton est
"expédié" après insertion d'un petit article de présentation et une sortie
papier pour accord du maître. Tout le monde est bien assidu à ce qu'il
fait, des échanges se créent aussi et permettent d'évaluer. Tout semble
naturel mais derrière c'est vrai que tout une pédagogie a été mise en place
et si de l'extérieur on a l'impression que le maître passe facilement d'un
groupe à un autre on imagine tout le travail en amont.
Déjà 10h30, les plus "petits" viennent pousser les grands de CM hors de la
salle informatique (contiguë à la classe d'Alain) et se servir comme des
"professionnels" du réseau. Je vais m'éclipser discrètement alors que j'ai
vu vivre une classe où chacun semble avoir trouvé sa place et évolue à son
rythme dans la bonne ambiance. Où est Internet au milieu de tout cela ? Et
bien justement au milieu, intégré sans plage précise non comme une matière
"sortie" de l'ensemble mais comme un outil permettant au milieu d'autres
d'acquérir des compétences et permettre à l'École de répondre à sa vocation
: celle d'offrir à tous les enfants les mêmes possibilités d'ouverture et
la chance de s'intégrer à leur futur monde.


J'aurai encore beaucoup de choses à dire mais ceci ne pourra jamais
retranscrire tout ce que j'ai ressenti, vécu au long de ces 2 heures "si
courtes".

 


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Mise à jour 21/04/98