Jo Hoestlandt répond à nos questions

La main de Jo qui nous signe des autographes

Lucie : Est-ce que cela vous est déjà arrivé d’écrire un livre et de ne pas le publier ?

J H : Oui, cela m’est déjà arrivé d’avoir des histoires qui n’intéressent pas forcément mes éditeurs, cela m’est beaucoup arrivé quand j’étais plus jeune, cela m’arrive moins en vieillissant parce que je suis plus connue par les éditeurs, donc ils ont plus envie de faire des livres avec moi parce que mes livres marchent bien. Mais quand j’étais plus jeune, cela m’arrivait souvent : je les appelais « les belles au bois dormant parce que c’étaient des histoires qui restaient dans les tiroirs. En particulier, il y a une petite histoire qui s’appelle « le bébé de sucre ». Le bébé de sucre je l’ai écrit très tôt, à peu près en 1980 et il est sorti au moins 10 ans plus tard. En 1980 quand je l’avais envoyé aux éditeurs, ils n’en avaient pas voulu et quand je l’ai proposé 10 ans plus tard, les mêmes éditeurs qui ne se souvenaient plus de me l’avoir refusé, m’ont dit : « Ah oui, on veut vraiment le faire, c’est très bien, on a beaucoup besoin de ce texte là ». Ils ne s’en souvenaient même plus, donc tu vois les choses changent, les gens évoluent, moi aussi et les histoires qui étaient des « belles au bois dormant » sont restées endormies un bon moment, elles peuvent tout à coup se réveiller et c’est bien agréable.

Frédérique : Un des meilleurs, « les amoureux de Léonie » comment vous est venue l’inspiration de cette histoire ?

J H : Comment ça m’est venu ? Tu trouves que c’est un des meilleurs ?

Frédérique : Oui

J H : Tu aimes bien les amoureux de Léonie, c’est une histoire drôle, « les amoureux de Léonie » c’est vraiment fait pour s’amuser. J’avais envie d’écrire les rapports entre une grande soeur et sa toute petite soeur. Moi j’étais la grande soeur quand j’étais enfant. J’avais une petite soeur qui était quand même moins enquiquineuse que Louise, mais, qui, quand même fouillait mes affaires, prenait mes affaires, fouillait mon courrier probablement mais je n’en suis pas sûre. Donc j’avais envie d’écrire les rapports entre une grande soeur vraiment très grande par rapport à ses autres frères et soeurs parce que souvent dans les histoires pour enfants, il y a des fratries comme ça avec des enfants qui ont par exemple 10, 12 et 14 ans ou 10, 8 , 6 ans ou un bébé à la rigueur, mais il n’y a pas tellement d’histoires où il y a un très grand frère ou une très grande soeur qui ont 10 ans de plus que les autres et ça, dans ma famille, il y avait ça. Et j’avais envie de parler des rapports d’une soeur adulte et de sa petite soeur. Et puis j’avais envie de mettre de l’anglais parce que j’étais allée en Angleterre. J’avais essayé de « baragouiner » anglais alors que j’avais su très bien parler anglais quand j’étais jeune, j’avais presque tout oublié et cela avait fait mourir de rire mes enfants qui trouvaient que je faisais plein d’erreurs; j’avais envie de mettre comme ça un peu de phrases en anglais ou des phrases en français mais sur des tournures anglaises.

Audrey : Pourquoi avez vous eu envie de faire ce métier ?

J H : Déjà quand j’étais enfant comme vous, j’aimais beaucoup écrire; j’aimais beaucoup les mots, j’aimais beaucoup les livres. Là, je vois que vous avez de la chance d’avoir une bibliothèque bien fournie. Dans les classes, dans les années 50, 55, 60, il n’y avait pas énormément de livres mais tous les livres qu’il y avait dans les classes où je passais, je les lisais.

une petite vidéo

J’adorais lire et pourtant chez moi, personne ne lisait. Il n’y avait que moi qui lisais. Même mes parents n’étaient pas contents quand je lisais, ils disaient : « mais arrête de t’user les yeux ». Ils n’aimaient pas trop que je lise et moi j’aimais bien lire; c’était mon paradis à moi mes livres. Une fois que j’étais dans mes livres, je plongeais dans les histoires et j’adorais ça. L’amour des livres me donnait envie de faire pareil, d’écrire moi aussi plein d’histoires comme ce que je lisais et puis comme ce que je voyais au cinéma, j’adorais les films. Donc mes histoires à moi étaient un petit peu des mélanges de films et de livres. Ce qui m’a donné aussi envie d’écrire c’était, ça je l’explique toujours aux enfants parce que c’est un peu drôle, c’est parce que j’étais une grande menteuse : j’adorais raconter des gros mensonges, chez moi je ne disais jamais la vérité. Si on me disait « qu’est-ce que tu as mangé à la cantine à midi ? » je pouvais dire « du poisson chat avec une espèce de chou dont je ne me souviens plus du nom » . Et maman disait « tu racontes des carabistouilles ! ». Et c’était vrai, j’aimais bien raconter des « carabistouilles« , et quand je racontais des « carabistouilles », mes parents n’étaient pas contents. Mais quand j’écrivais « les carabistouilles » à l’école, je disais « il était une fois une petite fille qui venait de manger du poisson chat et alors il venait de lui pousser des moustaches et un jour elle s’est même réveillée avec une queue », alors là, la maîtresse disait « tiens, c’est original, c’est rigolo comme tout ton récit. Et je me disais « tiens, c’est drôle, quand je raconte des choses comme des « carabistouilles » et quand je les écris les maîtresses trouvent que c’est bien comme des histoires. Donc, il y avait toujours dans ma tête, ça se mélangeait toujours un petit peu « qu’est-ce qu’un mensonge ? Qu’est-ce qu’une histoire ? »  et cela me faisait réfléchir, cela me posait des questions. Alors j’avais décidé que mes mensonges, j’allais les écrire et comme ça, je ne me ferais plus disputer, ce ne seraient plus des mensonges, ce seraient des histoires, voilà.

Mathilde : Est-ce que vos enfants lisent les livres que vous écrivez ?

J H : Maintenant mes enfants sont grands, mes enfants sont adultes alors mes fils ne lisent plus mes histoires, ma fille continue de les lire parce qu’elle même, elle aime bien écrire et elle aime les livres pour enfants. Mes autres enfants trouvent que je devrais écrire des livres pour adultes parce que maintenant ils sont devenus adultes peut-être et ils pensent qu’ils aimeraient bien lire des livres d’adultes. Mais quand ils étaient petits, ils aimaient bien lire les livres que j’écrivais pour les enfants. Un de mes fils n’aimait pas que je sois écrivain parce qu’il avait peur qu’à l’école on lui demande d’être bon en français et de lire des livres si on savait que sa mère était écrivain et lui il avait horreur des livres, alors il n’était pas content que je sois écrivain.

Script de Florine

Lucie. est ce que Jo Hoestland c'est votre vrai nom?

JO : Jo c'est un diminutif de Jocelyne mais on ne m’a jamais appelée Jocelyne, on m'appelait toujours Jo, donc j'ai pas eu l'idée de mettre Jocelyne, dans mes livres comme nom d'auteur et puis Hoestland c'est le nom de mon mari et c'est le nom que j'ai pris quand je me suis mariée avec mon mari et tous mes livres ont été faits après mon mariage et j'ai gardé le nom, j'avais ma nouvelle identité. Je trouve que ça sonnait pas mal Jo Hoestland, et voilà j'ai gardé ça.

Kévin: à quel âge avez vous commencé ?

JO : Mon premier livres je l'ai fait à 32 ans, et je l'ai écrit pour mon petit garçon qui était à l'hôpital à l'époque et qui ne pouvait donc pas apprendre à lire à 4 ans 1/2 ; il devait rester couché plusieurs mois et donc j'ai composé avec lui son premier livre de lecture et il a appris à lire sur le livre que j'ai composé avec lui, voilà, donc c'est comme ça que j'ai fait mon premier livre qui s'appelait "le moulin à parole " et maintenant c'est épuisé, épuisé ce n'est pas un livre qui est fatigué, ça veut dire qu'on ne peut plus le trouver parce qu'il n’existe plus.

Marushka ; ce métier vous plait ?

Jo ; oui, je trouve ce métier passionnant et c'est à la fois fatiguant : par exemple il faut faire beaucoup de déplacements, je trouve à ce moment là que c'est une bonne santé, j'ai beaucoup de chance de faire ce métier, c'est un métier de grande liberté et moi j'avais besoin de liberté, je ne pouvais pas imaginer une vie où j'aurais des horaires très très stricts à respecter tous les jours, toujours les mêmes, et trop bien réglés, j'imaginais mal, j'avais envie d'une vie où il se passe plein de choses, et là je suis servie, c'est vraiment une vie où il se passe, où je rencontre énormément de gens, énormément. Vous vous rendez compte, je ne sais pas combien vous êtes, une cinquantaine peut-être, ou une trentaine, une trentaine d'enfants, et bien je rencontre comme ça, quatre fois dans la journée une trentaine d'enfants et ça pendant une semaine, et je fais ça 70 jours toute l'année. Donc vous vous rendez compte le nombre d'enfants que j'ai rencontrés en une année. Il faudrait que vous fassiez le calcul, moi je ne l'ai pas, en tout cas ça fait plus de mille enfants et puis plein d'adultes et des gens qui m'accompagnent et puis plein d'illustrateurs qui font les dessins, plein d'éditeurs qui font les livres, plein de gens qui tournent autour du métier du livre, qui sont passionnés par le livre et puis aussi des gens qui n'aiment pas lire... je rencontre des gens dans des villes, des enfants qui refusent de lire par exemple, donc plein de gens différents les uns des autres. Je voyage dans le train, dans les voitures où je rencontre des gens qui me conduisent dans les restaurants, où je vais manger, voilà je rencontre plein de gens toujours plein de gens et ça m'aide à écrire de rencontrer plein de gens.

Lou : Ne faites vous que des livres pour enfants ?

Jo : oui, je ne fais que des livres pour enfants, parce que c'est vraiment POUR eux, j'aime écrire des livres pour les enfants, c'est marrant parce que contrairement à ce qu'on me dit, et à ce qu'on me répète, je crois que les enfants lisent largement mieux que les adultes; ils lisent beaucoup mieux parce qu'ils lisent de tout leur cœur, alors que les adultes et bien ils lisent ça, en critiquant beaucoup en se disant "je l'ai déjà lu en mieux et j'ai lu un autre livre sur le même sujet" et voilà ils font plein de remarques qui n'ont pas trop à voir avec le livre. Moi je me souviens très bien de mes lectures d'enfants et je pense que c'est ça qui me fait écrire, c'est pour les enfants.

Je me souviens que j'adorais les livres que j'avais quand j'étais enfant, je me souviens d'un livre qui s'appelait « la cage du bonheur » et j'en ai encore plein de souvenirs. Je me souviens encore de l'histoire: le chapitre entier de ce livre qui m'avait beaucoup frappée, c'est l'histoire d'une petite fille dont le frère était sensé être mort noyé dans une crue de fleuve en Espagne, et puis à la fin du livre elle retrouve son frère qui n'avait pas été noyé, qui avait disparu dans le fleuve mais qu'un pêcheur avait récupéré et il avait emporté l'enfant avec lui. Et elle retrouve son frère à la fin. Maintenant je me rends compte pourquoi j'adorais ce livre : parce que moi j'avais perdu un frère à la naissance mais je ne le savais pas enfin je ne me disais pas ça, je le relisais, relisais, et à chaque fois elle retrouvait son frère et ça me faisait pleurer, et en même temps je pleurais de bonheur de voir qu'elle avait retrouvé son frère, voilà, je m'en rappelle encore de ce livre là, et je me dis que certains de mes livres, c'est comme ça et qu'ils s'en souviendront quand ils seront grands car ça leur a donné quelque chose, alors j'écris un peu pour ça.

Romain  : quel livre avez vous préféré ?

Jo : J'aime beaucoup tous mes livres, il y en a certains que je préfère, il y a un livre qui s'appelle « la maison de mon grand père » que j'aime beaucoup, je ne sais pas si vous l'avez, si vous ne l'avez pas, j'aurai peut être un peu de temps pour vous le lire, il est là. J’aime beaucoup ce livre là qui s'appelle « la peur sous les étoiles » qui raconte l’histoire de deux petites filles juives.

Script de Frédérique

Lucie : Est-ce que ce sont des histoires vécues ?

Jo : Le cahier d’amour c’est vraiment mon journal tenu dans les années 60, quand j’avais 14,15 ans, avec ce que je racontais, comme je le racontais. Un petit peu ré-écrit parce que ce n’était pas aussi bien écrit comme il est écrit dans ce livre mais presque pas en fait, très très peu ré-écrit et ça c’est vraiment mon histoire. Dans « mémé t’as du courrier », il y a des choses vraies parce que la mémé elle existe vraiment elle a 98 ans, presque 100 ans, j’espère qu’on va fêter ses 100 bougies dans 2 ans parce que ce serait très bien, très drôle de lui fêter ses 100 ans. C’est une vieille bonne femme très marrante et j’avais envie de lui dédier un livre dans lequel je mettrais un peu certaines choses qui compose son personnage. Dans « le petit mari » cela ressemble vraiment à mon petit garçon qui m’a fait cette blague quand il était petit de se faire passer pour mon grand mari.

« Journée poubelle pour Gaëlle » c’est un peu ma fille Gaëlle parce que elle aussi avait horreur des calculs, avait horreur de la piscine et puis elle pensait toujours à l’école buissonnière quand les choses lui déplaisaient. Voilà, il y a des choses vécues, il y a aussi des choses imaginées mêlées aux choses vécues.

Mathilde : Est-ce que « tempête à la maison «  a un rapport avec votre vie privée ?

Jo : Non, je l’ai vraiment imaginé, mais bon, mon frère est en train de divorcer en ce moment donc je l’ai fait en pensant à sa petite fille qui est triste en ce moment parce que ses parents divorcent, parce que mon frère quitte la femme qui est sa maman, qui se demande toujours comment ça va se passer, où est-ce qu ‘elle va vivre ou des choses comme ça. Elle a dix ans donc je l’ai fait un peu en passant à elle, mais cela ne raconte pas l’histoire de mon frère quand même. J’ai imaginé cette histoire car j’avais envie d’écrire une histoire sur le divorce, je n’en avais pas encore écrit. Parce que finalement, vous savez, en ce moment en ville, deux mariages sur trois se soldent par un échec et les gens se séparent. Parmi vous, il y a des enfants dont les parents ont divorcé et ce n’est pas normal qu’on ne leur raconte pas ce qui se passe et comment ça se passe. J’avais envie d’écrire ce livre là dans un « j’aime lire » parce qu’ils sont extrêmement lus

Maël : Où vous faites les livres, dans un bureau ?

Jo : Maintenant, j’ai un bureau, avant je n’en avais pas, avant j’écrivais un peu n’importe où. J’étais habituée à travailler un peu dans le bruit parce que mes parents tenaient un café bar restaurant, parce que j’aimais bien l’ambiance. Comme ça pour travailler, quand je mettais mes livres de classe, là, sur le bar, je travaillais et puis les gens venaient voir ce que je faisais « qu’est-ce que tu fais ma cocotte, tu fais du latin ? Tu veux devenir curé ? » et puis ils repartaient boire leur petit coup, et il y en avait qui revenaient « pourquoi tu travailles tout le temps ? Tu devrais sortir, tu devrais t’amuser avec les jeunes de ton âge ». Ils disaient à mon père « ferme lui ses bouquins, qu ’elle aille s’amuser ». J’aimais bien l’ambiance, je suis habituée à travailler et quand on me parle en même temps, cela ne me gène pas plus que ça. Depuis quelque temps, j’ai quand même une pièce pour ranger un peu tous les livres que je reçois, tout ce que l’on m’envoie, et j’ai donc une table pour moi dans une pièce : c’est la première fois de ma vie que j’ai une pièce à moi, ça ne m’était jamais arrivé, donc je trouve ça agréable.

Céline : Combien avez-vous fait de livres ?

Jérémy : Vous faites des répétitions ?

Jo : Des répétitions, tu veux dire des brouillons, comme dans les répétitions d’un spectacle ou est-ce que tu veux dire que je répète des choses dans mes livres ? Bon, parce que j’espère que je ne me répète pas trop mais ça m’a frappée parce qu’il y a des enfants qui m’ont dit qu’il y avait des points communs dans certains de mes livres. Par exemple entre « le Noël de l’écrivain » et « la géante solitude » la géante reçoit le doigt du dieu dans l’œil et dans « le Noël de l’écrivain » il commence son récit par « c’est moi qui ai créé le ciel et la terre » donc c’est vrai qu’il y a des références bibliques mais j’essaie de ne pas trop me répéter et comme j’ai écrit une cinquantaine de livres, probablement qu’au cours de ces livres on retrouve des choses qui se ressemblent parce que je suis moi, avec un nombre limité d’idées et de récits dans mon imaginaire alors il y a des choses qui se ressemblent

Maruschka : Est-ce que quand vous étiez petite fille vous vouliez faire ce métier ?

Jo : Quand j’étais petite fille, je voulais être danseuse, et puis je ne suis pas devenue danseuse, je suis devenue écrivain et je continue à aimer la danse et j’ai fait un récit qui s’appelle « les petites filles dansent » qui parle à la fois de la danse et du monde, des mouvements du monde. J’aime la danse pour la légèreté et parce que j’avais l’impression effectivement que je tournais comme la terre tourne, j’aimais la danse pour ça. Devenir écrivain ça m’a procuré des joies un petit peu semblables à la danse.

Lucie : Est-ce que vous avez déjà gagné un prix, parce que, quand ce sont des comédiens, c’est des Oscars, mais pour les écrivains qu’est-ce que c’est ?

Jo : Oui c’est vrai, il y a des prix pour les écrivains aussi, j’en ai gagné un certain nombre. J’ai gagné beaucoup de prix pour « la grande peur sous les étoiles » : j’ai eu le prix des bibliothèques américaines, c’était un grand prix, j’ai eu l’Oscar du livre à Bologne avec ce même livre, je vais peut être vous le montrer depuis le temps que je vous en parle. Alors « la grande peur sous les étoiles » c’est ce livre là. Il a donc eu l’Oscar du livre qui s’appelle le prix de Bologne qui est le prix international de Jeunesse en 1994 ou 1993, il a aussi eu le prix graphique, c’est un livre qui a eu plusieurs prix.

. « Les amoureux de Léonie » a eu un prix que j’aime beaucoup, c’est le prix de lecture à deux voix, c’était un prix décerné par un magazine « notre temps » qui était le livre des grands parents qu’ils voulaient raconter à leurs petits enfants. Donc ça m’a surpris parce qu’il n’y a pas de grands parents dans mon histoire. J’ai eu un prix aussi pour « Mémé t’as du courrier » le prix Cronos. C’est un prix qui est sur le temps qui passe délivré par les savants et puis le prix des dévoreurs de livres, 3 prix même, un autre prix à Berk, je ne sais plus lequel pour « Mémé t’as du courrier », donc ce livre marche bien. J’ai eu le prix « j’aime lire », plusieurs prix « J’aime Lire », parce que les enfants choisissaient le meilleur livre de l’année, le meilleur « J’aime Lire » de l’année et je l’ai eu plusieurs fois.

J’ai eu des prix, mais ce qui est important, évidemment ça fait toujours plaisir d’avoir des prix, mais ce qui est important c’est que plein d’enfants les aient aimés, ce n’est pas le prix en soi.

Script de Mélanie

Mathilde : Et "la rentrée des mamans" ?

Jo : Je trouvais les rentrées extrêmement pénibles parce qu'il fallait se plier à des heures et j'ai horreur de ça, et mes enfants j'aimais bien les voir courir en maillot de bain sur les plages, en sandalettes dans la campagne, et je n'aimais pas devoir à nouveau sortir les affaires de l'armoire, les imperméables, les blousons, "ça fichait le spleen", je n'aimais pas trop les rentrées et j'ai eu envie de rigoler sur ça.

Lucie : Dans "Mémé t'as du courrier" est-ce que vous correspondez avec votre grand-mère comme la petite fille avec sa grand-mère ?

Jo : Oui, alors ça c'est vrai, "Mémé t'as du courrier" c'est vrai, c'est un livre un peu spécial. D'une part j'avais envie de parler de la joie que c'est de recevoir du courrier parce que moi j'adore en recevoir, et j'en reçois beaucoup, et comme je vous l'ai dit je visite plein de classes, plein d'écoles m'écrivent et c'est un vrai plaisir le matin mon courrier; j'ai toujours 5,6 lettres parce que je rencontre beaucoup de gens qui ont envie de m'écrire. Ma grand-mère, c'est une vieille dame de 98 ans qui jusqu'à, il n'y a pas pas longtemps, il y a quinze jours, m'a envoyé un courrier. Elle m'envoyait toujours du courrier ma grand-mère, elle a aimé beaucoup de gens dans sa vie; elle a aimé son fils (mon père) et moi, un peu peut-être son mari mais je me demande si elle l'a aimé tant que ça, mais par contre moi elle m'a toujours adorée, elle a eu une passion pour moi, un amour fou et depuis que je suis petite, ma grand-mère c'est la personne dont je sens terriblement l'amour et c'est elle qui m'a offert mes premiers livres. Elle ne savait pas lire ni écrire, et elle a réappris à écrire et lire avec mon grand-père et c'était pour ça que c'était important les livres qu'elle m'offrait. C'était tellement important que le jour où elle s'est fâchée, parce qu'elle trouvait que je ne l'aimais pas assez, elle a déchiré les livres qu'elle m'avait offerts... comme ça, pour me montrer qu'elle était désespérée. Moi, donc, avec ma grand-mère on a toujours eu des moments très passionnels, et maintenant qu'elle est vieille, elle m'écrit toujours des lettres depuis 30 ans et je lui écris au moins tous les quinze jours. Que je sois ici ou là, je lui envoie une petite carte depuis toujours même, je lui envoie des chocolats ou des caramels même qu'elle n'a plus qu'une seule dent elle les a "bouffés » quand même. Ma grand-mère c'est quelqu'un de très précieux, je sais que le jour où elle va mourir, ce qui ne va pas tarder parce qu'elle est déjà très âgée, j'aurai vraiment le sentiment d'une énorme perte et je voulais, en écrivant "Mémé t'as du courrier", traduire un peu la tendresse qu'il y a entre une vieille personne et sa petite fille, donc ça c'est personnel et en plus dans ce livre il y a plein de choses vraies. Les quatre frères morts à la guerre, c'est vrai. L'ami qui s'appelait Célia, c'est vrai. Le ton de la grand-mère un peu brusque, c'est vrai. Tout ça, c'est un peu ma vraie Mémé.

Mathilde : On a l'impression qu'au début de "Mémé t'as du courrier" votre grand mère et vous, vous ne vous connaissez pas trop.

Jo : Alors, il y a une évolution dans un livre. Recevoir du courrier c'est une histoire, donc j'ai fait au début comme si la grand-mère et la petite fille ne se connaissaient pas bien, et puis petit à petit leurs sentiments évoluent, elles commencent à s'apprécier, et à la fin du livre, elles s'adorent. Et puis je serais très contente si vous me parliez un peu de vos petits livres comme moi j'ai parlé des miens. Je serais contente que vous preniez le relais et que vous me parliez de vos livres.

Alexandre : C'est l'histoire de trois chats qui allaient sur un port et les trois bébés chats se sont perdus. Les parents les ont cherchés partout, et à la fin, toute la famille plus le chien et le maître se retrouvent.

Mathilde : Moi, j'ai essayé d'écrire un chapitre sur nos deux mouettes Tina et Marina avec le pétrole de l'Erika. Cela commence quand on est en classe: Marina a l'aile pleine de pétrole, certains d'entre nous ne savent pas ce que c'est et en touchant on voit que ça colle, que ça pue et il y en a un qui dit qu'il faudrait l'emmener se faire soigner. On pense à la LPO dans l'île d'Oléron, mais je n'ai pas fini d'écrire mon chapitre.

Maël: Aussi, en ce moment on est en train d'écrire un livre (on n'a pas encore trouvé le titre). C'est l'histoire d'une école qui part en balade en forêt, qui découvre une palombière et un pauvre. Ils essaient de lui trouver un boulot parce qu'il explique qu'il a été renvoyé d'une usine. On lui donne des champignons, une cabane, avec un matelas. Ce n'est pas fini mais à la fin, il y a une fête.

Script de Mathilde

Combien avez vous vendu de livres ?

Jo : alors là, je serais incapable de te le dire combien j'ai vendu de livres. « La rentrée des mamans » c'est à plus de cent milles exemplaires, les autres se vendent cinq milles, dix milles, quinze milles exemplaires. Un « j'aime lire » est lu par un million d'enfants, ça c'est un chiffre qui me semble astronomique, il parait que les « j'aime lire » sont lus par un million d'enfants, donc c’est énorme, maintenant je ne peux pas te dire combien j'ai vendu de livres.

Quand allez vous arrêter ce métier?

Jo : J'espère pas tout de suite, tant que j'aurai des idées, tant que j’aurai envie d'écrire des histoires, de raconter, j'espère pas tout de suite, il n'y a pas de retraite, non il n'y a pas de retraite comme dans n'importe qu'elle profession.

Script de Kévin

Frédérique : Avez-vous lu les quatre filles du docteur Marsh?

Jo : Oui je l’ai lu, il y a même une amie qui a fait un article sur moi en me comparant à la Jo des quatre filles du docteur Marsh qui elle aussi voulait devenir écrivain. Oui, évidemment, je n’y avais pas pensé, les choses évidentes, on n’y pense pas, mais j’avais lu les quatre filles du docteur Marsh et puis Jo était pourtant mon personnage préféré effectivement parce qu’elle était un peu bagarreuse comme moi, un peu garçon manqué comme moi et puis parce qu’elle aimait écrire comme moi.

Lucie : Est-ce que avant de les faire publier, vous les faites lire à quelqu’un vos romans ?

Jo : Parfois ma fille les lit, elle est très sévère avec moi, ce qui fait que quand elle trouve qu’un livre n’est pas très bon, elle me dit qu’il est nul, donc je sais que ce n’est pas nul nul, mais je sais que ce n’est pas la peine de dire « non là ça ne va vraiment pas, il n’est pas bon ton livre, il faut que tu recommences, je ne comprends pas pourquoi ton héroïne fait ça, c’est ridicule », mais comme elle est adulte je l’écoute pas mal parce que, ce qu’elle dit en général, est plutôt juste, je l’écoute, et puis les rédacteurs aussi me disent après avoir lu le texte « on aime bien sauf tel passage », mais j’ai intérêt quand même à écouter ce qu’on me dit, on a toujours intérêt à écouter ce qu’on nous dit.

Est-ce que vous travaillez à l’ordinateur ou au crayon ?

Jo : Je travaille à la fois à l’ordinateur et au stylo plume. J’écris à la plume quand je suis en déplacement comme maintenant, et à l’ordinateur quand je suis chez moi. Avant je n’aimais pas l’ordinateur, maintenant cela ne me déplaît pas.

Où trouvez vous des inspirations ?

Jo : Et ben, c’est partout.

Script de Maruschka

A votre avis faut-il sortir de sa grotte ?

JO: On est bien dans grotte, on est protégé et si on voit la lumière au bout ,on peut rêver, se demander ce qu’il y a au fond dans la grotte. Avant de sortir, il faut rêver et quand on est sorti il faut vivre mais peut être faut-il attendre un peu avant de sortir et quand on a vraiment envie de voir ce qui se passe à l’extérieur?

ça vaut le coup de sortir de la grotte pour faire des pas sur le chemin et même en dehors des chemins.

Aimeryk

Jo à la fin de l'interview nous propose d'écrire pour deux poubelles :

dans la gaie on mettrait des textes gais,

et dans la triste on mettrait des trucs qu’on n’aime pas.

Aimeryk

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