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Lors d'un des premiers conseils de classe de l'année, il fut décidé que notre classe prendrait en charge un petit magasin qui vendrait des dix heures aux récréations.
Nous avons dû d'abord nous mettre d'accord sur ce que nous allions vendre, qui allait vendre, où allions-nous acheter nos produits, à quel prix allions-nous les vendre, ferions-nous des bénéfices,…
Pour ce qui est de la prise en charge, ce fut simple : ce sera une charge comme une autre dans notre tour des charges.
Comme nous étions très branchés sur l'alimentation de qualité, nous avons établi une liste des dix heures vendables à l'école.
Pour savoir où nous allions nous fournir, nous nous sommes rendus dans les trois grandes surfaces des environs pour relever les prix que chacune nous proposait. Nous avons choisi la grande surface qui proposait globalement les prix les plus avantageux.
Encore fallait-il déterminer les prix de vente en ne perdant pas de vue que notre coopérative devait faire des bénéfices, mais que nous étions aussi individuellement parmi les acheteurs probables !
Pour gérer clairement le magasin, il fallait un cahier des comptes. Dans ce cahier, chaque page porte un tableau à double entrée avec en ordonnées les jours de la semaine et une colonne " total " et en abscisses le nom de chaque produit à vendre plus une autre colonne " total ". Les vendeurs du jour marqueront d'un trait chaque vente dans la case correspondante.
De plus, chaque semaine, chaque enfant construit ce tableau dans son cahier de travail. Les enfants ont dû manipuler lattes et équerres pour réaliser ces tableaux hebdomadaires. Si au début les faire et refaire furent nombreux afin d'obtenir un résultat satisfaisant, un tableau sur lequel il est possible de travailler, en ce moment-ci de l'année, cela ne pose plus de problème pour personne. Le tableau est aussi reproduit en grand sur une feuille A2 (ces feuilles A2 une fois terminées sont accrochées les unes sur les autres sur un mur de la classe pour permettre des retours).
Chaque matin, la classe travaille sur le rapport des ventes faites la veille :
X barres de galettes de riz ont été vendues, ça doit faire Y francs. Les X' pommes ont rapporté Y' francs… et ainsi de suite. Les opérations se font mentalement, l'enfant qui donne son résultat explique sa démarche, du temps est laissé pour que les moins rapides se manifestent aussi. Les résultats sont portés dans les cases ad hoc (en lieu et place des traits du cahier des vendeurs). Les montants des différentes ventes sont totalisés pour le jour. Le résultat obtenu n'est pas toujours égal à la somme d'argent récolté. Les causes possibles de ces distorsions sont analysées, on s'organise pour éviter que ne se renouvellent ces écarts sans pouvoir jamais tout à fait les éviter.
En fin de semaine, on totalise nos ventes de la semaine par produits, par journée. On utilisera alors le plus souvent le calcul écrit.
Il faut aussi racheter : quoi, combien, en fonction de nos ventes. Qu'est-ce que la coopérative peut investir ?
Nous faisons des bénéfices pour notre caisse, nous pouvons dès lors faire des achats (livres de bibliothèque, sorties,…)
Et puis dès le 1er janvier, on passe à l'euro et aux centimes.
Vous dire notre travail pour convertir nos prix, l'apprentissage en situation que nous avons fait de la nouvelle monnaie ! Et l'utilisation de la virgule que nous n'avions jamais utilisée précédemment…
Non seulement la gestion de notre magasin est importante dans l'organisation coopérative de notre classe, mais elle a aussi permis un nombre important de moments de calcul riches et en situation.
Le calcul vivant permet à chacun de vivre les nombres dans un registre qu'il connait, dont il sent la réalité, il est le
soubassement solide pour l'abstraction qui viendra plus tard. Encore faudra-t-il longtemps encore - et certainement plus longtemps que ne le fait l'école actuelle - revenir souvent au concret, au calcul dont on voit le pourquoi.
Suivant le choix des charges de la semaine, trois enfants ont la responsabilité du magasin : ranger la clé, prévoir l'approvisionnement (courses au magasin avec moi durant le temps de midi), tenir le cahier des comptes, ranger. Le cahier est complété au fil des jours. On y indique par un petit trait vertical ce qui est vendu.

En fin ou en début de semaine, on fait les comptes avec toute la classe. Chaque enfant a dessiné le tableau dans son cahier de travail et chaque jour, nous faisons ensemble les comptes de la journée précédente pour faire le total en fin de semaine ; ceci ne peut se faire qu'avec l'aide du cahier des comptes tenu par les trois enfants responsables.
Un enfant interroge la classe en fonction de ce qui est demandé. Par exemple, Élise, responsable du magasin, communique que 7 speculoos ont été vendus. Anouchka, se trouvant devant le tableau, retranscrit sur une grande feuille, interroge un enfant au hasard (7 speculoos à 8 centimes, ça fait combien ?). Elle vérifie si la réponse est correcte (7x8=56). Ensuite, elle complète le tableau en fonction des différentes réponses données. Chaque jour, un autre enfant fait de même. En fin de semaine, on fait le total en calcul écrit. On déduit les dépenses éventuelles (courses). On ajoute le bénéfice de la semaine à la caisse du magasin. Un compte chèque postal a d'ailleurs été ouvert afin d'y verser cet argent. À nouveau, c'est un enfant qui interroge et qui complète le tableau.

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