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Construction du cahier de synthèses
(exemple : la conjugaison)
Pendant des années, j'ai cherché comment faire un cahier de synthèses.
Il devait
- ne contenir que des matières réellement rencontrées et vues ;
- être suffisamment simple pour être utilisable par les élèves ;
- être visible et compréhensible par les parents ;
- laisser de la place pour l'imprévisible ;
- évoluer avec l'approfondissement des connaissances des élèves.
Dans ma classe du degré moyen (CE2, CM1), l'orthographe et la grammaire se construisent à partir de l'expression des enfants, expression orale, expression écrite. Elles sont en permanence au service de l'expression. Les apprentissages n'arrivent pas toujours dans le même ordre, ni avec les mêmes questionnements. Il est donc difficile d'avoir un beau cahier de synthèses bien ordonné.
Et pourtant, ou même surtout parce que les parents peuvent être déroutés par cette façon d'apprendre qui leur semble chaotique, ils doivent pouvoir y trouver ce qu'on apprend et comment on l'apprend (non pas dans l'idée d'avoir des comptes à rendre, mais dans l'idée qu'ils peuvent aider leurs enfants).
Pour progresser dans leurs compétences, les enfants ont besoin d'un outil de référence. Un outil auquel il est possible qu'ils se réfèrent en cas de problème ou vers lequel l'enseignant peut les renvoyer. Ce doit être un outil progressif, évolutif, que nous construisons ensemble au cours des deux ans que passent ces élèves chez moi.
J'ai trouvé ce qu'il nous fallait :
Chaque élève possède un cahier ATOMA (donc à feuilles détachables), c'est son cahier des références grammaticales, orthographiques, mais aussi mathématiques. Toutes les synthèses de français et mathématiques s'y trouvent. Une moitié du cahier est composée de feuilles lignées pour le français, l'autre moitié de feuilles quadrillées pour les maths.
Au cours des activités d 'écriture, de lecture, nous rencontrons des difficultés, nous sommes amenés à faire des observations de la langue. Nous collectionnons les cas puis nous tentons une synthèse, une trace " pour ne pas oublier ". Les synthèses, une fois réalisées, trouvent leur place dans le cahier.
Nous n'y notons que les synthèses des matières vues, dans l'état où nous les avons vues à ce moment-là. Toutes ces synthèses sont pour la plupart provisoires. Avec le temps, d'autres rencontres nous pousseront à les corriger, les compléter, les affiner, à les recommencer, certaines feuilles seront remplacées.
Encore faut-il que ce cahier soit le plus clair et le plus concis possible pour qu'il puisse vraiment être utilisable. Aussi faudra-t-il alors écarter les feuilles portant nos premières conclusions sans quoi on ne se retrouverait plus devant un cahier de synthèses mais devant une série de conclusions provisoires se chevauchant l'une l'autre et dont l'enfant ne pourrait pas se servir. Cette évolution du cahier est matériellement possible grâce à la structure ATOMA.
La table des matières se construit au même rythme et rend ce cahier opérationnel pour les recherches de l'enfant qui pourra donc se servir de ce cahier comme il se sert par ailleurs de l'Eurêka . Je sais par expérience qu'il y a des matières que nous rencontrerons fatalement au cours de ce degré moyen. Je décide d'une numérotation des pages que je suis seul à connaitre et qui me semble logique, organisée autour de quelques chapitres (de la page 1 à la page 10 : la conjugaison ; de la page 11 à la page 20 : la grammaire ; de la page 21 à la page 30 : la phraséologie ; de la page 31 à la page 40 : les difficultés diverses, homonymes,…)
Si l'on fait une rencontre inattendue, le système me permet toujours d'ajouter une page non prévue.
Prenons un exemple. Nous étions en classes vertes, les enfants écrivaient à leurs parents, les " je " étaient nombreux et l'orthographe des verbes à la première personne peu sure. Des recherches furent entreprises, des collections furent organisées et des règles tirées. Ces règles trouvèrent leur matérialisation dans une première feuille de synthèse que les élèves construisirent eux-mêmes. Plus tard dans l'année, confrontés à d'autres rencontres de ce type mais dans d'autres temps ou avec d'autres verbes, nos conclusions ne suffisaient plus pour répondre aux nouveaux cas rencontrés. La synthèse précédente fut alors détruite et remplacée par la synthèse mise à jour et qui sera sans doute encore cette année ou l'an prochain réaffinée. De la simple liste de mots, nous passons à des observations puis à des rangements qui aboutiront encore plus tard à des règles " presque comme dans les manuels ".
Et il en va ainsi pour tous les points matières auxquels nous nous frottons au cours de ces deux années. Une technique qui permet donc à la classe de construire ses savoirs en les appuyant sur le vécu, de posséder un outil de référence autoconstruit donc bien maitrisé.
Cette façon d'organiser le cahier me satisfait parce que :
- il colle à la réalité des apprentissages de la classe ;
- il respecte le rythme d'apprentissage de la classe ;
- il est le reflet du tâtonnement expérimental ;
- c'est le fruit d'un travail collectif ;
- il est utilisable, pas trop compliqué ;
- il est honnête, il n'est pas fait pour jeter de la poudre aux yeux ;
- il est montrable, et c'est aussi important.
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