n'avait jamais vus ou dont on avait seulement entendu parler. Ils sont tellement bien intégrés dans la trame du livre (encore une fois, cela se lit comme une histoire) qu'il est difficile de les repérer au premier coup d'œil. Ce travail reste encore à faire. Je ne puis donc que donner mes premières impressions en vrac :

1. L'aspect idéologique et politique de la pédagogie Freinet n'a jamais été aussi présent, je crois, que dans ce livre-ci. Certes, l'époque évoquée s'y prête mais de petits détails sont savoureux : on savait déjà que le journal scolaire de l'École Freinet portait (et porte toujours d'ailleurs) le nom évocateur « Les Pionniers » mais de là à diviser les garçons en équipes de « Stakhanovs », de « Moskowas », de « Oudarniks », de là à baptiser kolkhoze la toute jeune communauté de l'école... Cette dévotion à l'U.R.S.S. et l'adoption du vocabulaire révolutionnaire en irritent plus d'un.

2. Le rôle d'Élise Freinet est remarqua-blement mis en valeur dans ce long chapelet de souvenirs. Ce n'est que justice. Il est évident qu'avant la guerre, elle fut une cheville ouvrière de l'École Freinet et du mouvement lui-même, à la fois comme « petite main » (gestion, colis, etc.) que comme idéologue du mouvement, ses

intérêts la menant plutôt vers l'art (elle-même est artiste) et vers la santé. Elle introduira ainsi dans le mouvement Freinet cette attention particulière pour l'art enfantin et pour la santé (choc froid du matin, végétarisme, médecine naturelle).
Son rôle est moins clair après la guerre (et le second volume sera certainement éclairant à ce propos) et les « jeunes » adhérents à la pédagogie Freinet que nous sommes retiendront surtout ses désaccords avec l'ICEM et son retrait dans une sorte de tour d'ivoire à l'« Auber-
ge ». Les quelques-uns d'entre nous qui ont pu la rencontrer au cours d'une audience lors d'un stage à l'École Freinet ont gardé une impression de froideur. Aussi est-il étonnant de trouver sous sa plume, dans ce premier tome, des expressions comme coup de pied dans le cul, le boulot, le bénéf, nous sommes des as, pépères, etc. !

Le second volume nous réservera lui aussi des surprises. Je vous en ferai part ici même dès sa parution.

Henry LANDROIT


« Élise et Célestin Freinet - Souvenirs de notre vie » - Tome 1 - 1896-1940
Madeleine Freinet - Éditions Stock - 1997


Faites-nous part de vos activités réussies (ou non) dans la classe. En proposant aux collègues des « tranches de vie », nous permettrons à tous d'améliorer leur pratique, aussi bien aux plus jeunes d'entre nous qu'aux chevronnés. Les articles destinés à la prochaine revue doivent parvenir à Éducation populaire avant le 1 avril.


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