Livres pour enfants

Je parlerai chaque fois d'un livre que les enfants et moi-même avons particulièrement apprécié.


Très, très fort ! - Trish Cooke et Helen Oxelbury - Père Castor - Flammarion.
C'est l'histoire d'un très jeune enfant qui, avec sa maman, tout au long d'un après-midi, va accueillir différents membres de sa famille : tante, oncle, cousins, grands-mères. Ceci afin de faire une surprise au papa dont c'est l'anniversaire.
Lorsque celui-ci rentre du travail, il est pris dans un tourbillon de fête chaleureuse. Tout se termine par le coucher de l'enfant par ses deux parents.
Le récit permet de mettre en lumière la relation personnelle que l'enfant établit avec chaque membre de la famille d'origine africaine, tous très vivants et très chaleureux.
C'est un livre plein d'illustrations réalistes et chaudes avec un très beau texte, un vocabulaire pas trop difficile mais cependant très riche.
Les enfants apprécient particulièrement la répétition, à chaque page, de la phrase :
« Ils ne font rien de spécial, non rien de spécial. »
Ce livre s'adresse aux enfants de + 3 ans mais les plus grands l'apprécient aussi beaucoup. C'est avant tout un livre plein de tendresse, d'amour, de chaleur et de plaisir. Quand on termine l'histoire, on se laisse emporter dans la danse finale.
Un jour, après la xe lecture de ce livre, je dis spontanément aux enfants : « Voilà un petit enfant qui a tout ce qu'il faut pour bien grandir, un papa et une maman qui l'aiment, le serrent fort dans les bras, et une famille attentive à lui. »

Un de mes élèves pose des problèmes de comportement énormes, en rapport avec un début de vie particulièrement difficile (il s'agit d'un enfant roumain adopté à l'âge de 3 ½ ans et âgé actuellement de 6 ans ½ ).
Depuis le début de l'année, il m'a toujours dit que les histoires ne l'intéressaient pas. Ici, visiblement, il avait écouté. Après mon commentaire, il lève la main et me dit :
« Eh bien moi, je ne suis pas heureux avec mon papa. » Pourquoi ? ai-je demandé. « Parce qu'il ne me serre jamais dans les bras. »
C'était déchirant, surtout en rapport avec son histoire. J'ai répondu que je pensais que son papa l'aimait mais qu'il ne savait pas le lui montrer et que parfois, ce sont les enfants qui doivent dire à leur papa : « J'ai envie que tu me serres dans les bras. » Là-dessus, il m'a répondu : « J'ai besoin qu'on m'aime. » et il a reparlé de son pays d'origine, des difficultés qu'il a connues là-bas.
Ce que je viens de décrire ici révèle que la lecture aux jeunes enfants de certains livres - au contenu particulièrement dense - peut éveiller chez eux des sentiments profonds ; que l'institutrice doit être spécialement attentive aux réactions des enfants, bien les écouter et reformuler au groupe ce qu'ils ont voulu dire.
Ici, pour la première fois, P. a pu exprimer des sentiments. Cela lui a permis de se détendre un peu et aux autres enfants de mieux comprendre sa vie difficile. Par conséquent, ils se sont montré plus tolérants face à ses comportements inadéquats. Pour P., ce fut le début d'un petit progrès, probablement lié au fait qu'il s'est senti davantage reconnu.
La lecture régulière de livres chez les jeunes enfants peut les amener, entre autres, à une véritable expression d'eux-mêmes.

Françoise DOR



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