Mettre en ligne sur internet des pages écrites par des enfants


Voici la seconde année que je suis sur un poste de « maître E » en RASED, en suivant une formation de préparation au CAPSAIS par alternance, sur deux cantons ruraux aux écoles assez éloignées géographiquement, et que j'utilise (entre autres) la gestion d'un site internet comme outil de travail avec les enfants. Pourquoi, comment, avec quels effets, quelle utilité et quelles limites?

L'adresse du site en question est la suivante:

http://www.district-parthenay.fr/Education/site/infoservices/regradapt/accueil.htm , de http à htm compris. Comme l'indique l'intitulé de la première page, ce minisite existe pour permettre à des enfants d'échanger. L'an passé, en fonction de projets d'écriture, les pages ont servi à échanger des lectures de contes, et à en écrire à plusieurs. Cette année, nous sommes plutôt partis sur l'écriture de devinettes, et de jeux Vrai/Faux en ligne.

Les pages des contes l'an passé ont permis aux enfants de déposer pour d' autres des lectures de contes qu'ils avaient faites, et surtout d'écrire en interaction avec d'autres. Pour cette activité, j'avais assuré la saisie des textes et la mise en page. Quand un enfant d'un groupe commençait l'écriture d'un conte ou d'un récit, je mettais dans les deux jours leur texte en ligne, ce qui le rendait lisible à d'autres enfants d'autres groupes d' autres écoles avec qui je travaillais aussi, qui pouvaient rebondir sur le texte en en écrivant la suite, un épisode, une fin.... J'avais également mis en place un système de boîte aux lettres pour échanger, avec accès par mot de passe, mais ce type de correspondance ne fut pas très utilisé.

Sur quelques semaines, les enfants ont écrit quelques textes à plusieurs groupes. Les enfants des groupes avec lesquels j'ai vécu ces actes d'écriture et d' échange vivent souvent dans la classe avec une image d'eux-mêmes dévalorisée pas très positive. L'intérêt que je trouvais et trouve encore dans ce type de mise en lien consiste en ce que la toile permet ainsi de tisser du lien pour des enfants en échec dans une classe, de ne pas vivre leurs difficultés seuls et de produire à plusieurs des écrits dont ils peuvent être fiers, qu' ils peuvent montrer aux autres enfants de leur classe, d'autant que, (même si les écoles en question disposent évidemment toutes d'accès internet), ce canal est très peu utilisé par les collègues concernée-e-s. Ce type d' activité participe ainsi à la restauration de l'estime de soi indispensable pour progresser et dépasser ses difficultés.

En fonction des groupes avec lesquels je travaille cette année, des plages de temps dont je dispose entre deux périodes de formation, je n'ai pas (encore?) proposé cette année ce type de projet qui nécessite un minimum de temps pour être mené tranquillement à son terme. Par contre, avec plusieurs enfants de fin de cycle 2 avec lesquels j'essaie de cheminer un peu plus vers l'appropriation de l'écrit, au milieu des difficultés qui leur sont ciblées en classe, j'ai ce trimestre proposé un projet plus modeste d' écriture de devinettes ou de jeu Vrai/Faux, mis en ligne sur le même site internet, suite à une période où nous avions beaucoup utilisé un jeu de devinettes de lecture.

Pourquoi recommencer à mettre en ligne des productions d'enfants, en leur demandant cette fois de saisir le texte qu'ils ont écrit? Le virus « site internet » m'aurait-il atteint? Peut-être. Je justifierai cependant en disant que les enfants avec lesquels j'ai lancé ce projet sont en général fâchés avec l'écriture, la lecture, l'écrit, pour diverses raisons et que je suis amené à travailler avec eux pour les aider à s'appuyer sur ce qui est positif et fort en eux pour progresser au mieux de leurs capacités.

Or, si jouer aux devinettes de lecture est une activité sympathique, ludique ,attrayante, et déjà importante en elle-même je ne suis pas sûr que cela suffise à aider l'enfant à prendre conscience de son pouvoir par rapport à l'écrit. Fabriquer un jeu de devinettes de lecture pour la classe sur du support papier consiste également en une bonne perspective à entrevoir pour faire prendre conscience aux autres enfants de la classe de ce qu'on est capable de produire. J'aurais effectivement pu m'orienter en ce sens, mais l' activité me parait un peu lourde à gérer et productive d'un résultat relatif, d'autan que je connais mes limites personnelles pour aider à les mettre en oeuvre.

Par contre, par la mutualisation des productions des uns et des autres sur un site (chaque enfant ayant inventé, écrit, corrigé, saisi et dessiné une ou plusieurs propositions) la mise en ligne de leurs devinettes permet de donner du sens et de la valeur au travail des enfants, sous divers angles: les enfants savent que leurs textes sont sur internet et qu'il sont lus par d'autres enfants, au moins ceux des groupes d'autres écoles avec qui je travaille et aussi les enfants des diverses classes concernées. Ils retrouvent leur produit sur l'ordinateur; leurs textes et leurs dessins ne sont pas rangés au fond d'un placard ou d'un dossier, mais sont publiés et sont constamment visibles. Ils sont publiés avec d'autres productions d' enfants, ce qui les conduit ainsi à s'enquérir des auteurs des autres devinettes.

Vendredi dernier, j'étais assez épaté en regardant le comportement de garçons de CE1 d'une école pour qui l'acte de lire et d'écrire relevait du pensum au début de septembre. Je sais bien que les temps d'aide pédagogique auxquels ils participent n'auront pas été les seuls facteurs de développement de leurs compétences pendant ce trimestre; cependant, quand je les vois se repérer au travers des textes qu'ils ont écrits et de ceux d' autres enfants, pour trouver la réponse, ne pas arriver à s'arrêter de lire les productions des uns et des autres, et se donner les moyens pour produire d'autres textes et ce qui va autour, je me dis que ce travail aura participé à la dynamisation du comportement de lecteur et d'écrivain des enfants en question.

En « aide E », nous ne voyons les enfants que deux fois par semaine, et ne représentons donc qu'une part infime de temps leur temps scolaire et encore plus de leur temps vécu. Considéré isolément, ce temps est inutile pour la dynamisation des enfants, en difficulté en classe. Il ne peut servir que s' il participe à la remise en dynamique d'apprentissage d'un enfant qui ne croit plus en ses capacités ou qui ne les connaît pas suffisamment. Quand la gestion d'un petit site internet permet à des enfants d'être fiers de ce qu' ils ont produit, de le relier à d'autres, je me dis que le travail effectué a participé à leur remise en route et a eu un brin d'utilité.

Évidemment, ceci ne vaut pas pour toutes les situations rencontrées, et n' est pas systématiquement facteur de réussite, parce que chaque enfant est différent et que ce qui est efficace pour certains ne l'est pas obligatoirement pour d'autres. Il nous faut alors trouver ou proposer d' autres voies pour les aider à progresser. ceci est une autre histoire.

Jean-Pierre Chevalier

ICEM-AIS

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