TABLE RONDE SUR LA COOPERATION : 9h30-10h45
Jean LE GAL
Démocratie participative et citoyenneté des enfants à lécole,
droit à la parole et pouvoir de décision collective
Le choix historique dune éducation à la liberté
Le projet des pionniers de la coopération, au XIXe siècle,
était de construire une société juste et pacifique dans laquelle
chacun pourrait vivre et se développer harmonieusement en sassociant librement avec
les autres pour concourir au bien commun : « un pour tous et tous pour
un ».
Cette conception humaniste et démocratique, cet idéal coopératif, étaient aussi ceux des éducateurs engagés, depuis le début du XXe siècle, dans la création dune éducation nouvelle fondée sur lexpression libre et sur lautonomie collective des écoliers.
Adolphe Ferrière, en 1921, dans son
ouvrage « Lautonomie des écoliers dans les communautés denfants »[1]
nous présente des expériences novatrices, auxquelles
nous pouvons encore aujourdhui nous référer lorsque nous avons pour projet de « construire une vie sociale riche qui
permette à chaque enfant de devenir auteur de la classe, de lécole, des lieux de
vie dans la perspective quil devienne un individu co-auteur dune société
meilleure. »
Il
parlait déjà délèves-citoyens » et de régime démocratique à lécole.
Il
est intéressant de constater que les pionniers de léducation nouvelle, considéraient leurs élèves comme étant des
citoyens, quand aujourdhui encore, affirmer que lenfant est un citoyen,
titulaire de libertés publiques, du droit à la parole
et dun pouvoir de décision collective à lécole, cest
apparaître à certains comme faisant preuve dinconscience éducative :
reconnaître à lenfant des libertés lui ferait perdre son droit à lenfance
et celui dêtre éduqué et protégé !
Cest
pourtant là notre choix déducateurs et de militants, un choix qui, historiquement,
nous a fait adopter la coopération à lécole, lauto-organisation mise
en oeuvre par Pistrak [2]en Union soviétique en 1920, dans lEcole du
travail, puis lautogestion et aujourdhui
la démocratie participative.
En 1946, Freinet affirmait que "par la coopération
scolaire, ce sont les enfants qui prennent en main, effectivement, l'organisation de
l'activité, du travail et de la vie dans leur école. C'est cela, et cela seul qui
importe."[3]
Cest là toujours notre ligne daction.
En
1982, dans un rapport sur lautonomie des élèves, que nous avait demandé Alain
Savary, ministre de lEducation nationale, nous lui avions précisé que « Si
lEtat veut faire de lécole un des lieux de la formation dun homme
libre, autonome et responsable , il se doit de changer une réglementation fondée
sur lidée dincapacité, dirresponsabilité de lenfant, qui
légitime des pratiques de soumission, dinfantilisation, propres à former des
hommes obéissants, assujettis, et y substituer des lois et des règles fondées sur lidée
dun enfant-citoyen. ».
Cest
un rappel que nous aurons aussi à faire à Luc Ferry, puisque de ministre en ministre,
nos rapports bien argumentés, nont pas encore réussi à faire changer la
réglementation. La dernière réponse que nous est parvenue est celle de Ségolène Royal
en mars 2000. Elle nous indiquait qu « une totale liberté de circulation
des enfants dans les locaux des écoles maternelles et primaires est à lévidence
incompatible avec les responsabilités qui incombent aux personnels du ministère de lEducation
nationale, en matière de surveillance et de sécurité des élèves. Dès lors, il nest
pas envisagé de modifier le règlement intérieur des écoles dans ce sens. »
Notre engagement du Congrès de Rennes
En 2000, dans le cadre de la journée de réflexion « Quelle
éducation pour une démocratie participative », au Congrès de Rennes 2000, nous
avons fermement affirmé que la Convention des nations Unies du 20 novembre 1989 avait
reconnu la citoyenneté des enfants et leur capacité à être titulaires de droits et quil
était donc capital de veiller à leur donner la possibilité dexprimer leurs
propres points de vue, de participer à ladoption des décisions les concernant et dêtre
formés à lexercice des libertés fondamentales dans tous les lieux où ils vivent,
famille, cité, école, institutions...
Cétait
pour nous un engagement, à la fois délargir la participation des enfants, dans nos
classes et nos écoles, mais aussi de mieux faire connaître nos principes et nos
pratiques aux enseignants et aux parents, et de défendre les droits et les libertés.
Cet
engagement, au cours de cette année 2002, nous
a amenés à prendre publiquement position, à plusieurs reprises, pour marquer notre
détermination à poursuivre la lutte.
En
janvier 2002, après laffaire de Châteauroux où des instituteurs avaient fait
déshabiller des élèves pour tenter de retrouver de largent disparu, lICEM sest
réjoui de ce que « le droit entre en force à lécole primaire où la
discipline devrait respecter les principes du droit et de la dignité de lenfant. »
Nous avons redemandé que « le règlement intérieur des écoles primaires soit
reconnu comme un texte juridique qui précise les droits et obligations des acteurs de lécole,
lexercice des libertés fondamentales et les procédures disciplinaires, comme dans
le secondaire ». Et, en attendant, nous avons préconisé « que les
équipes pédagogiques innovent, en construisant de nouveaux règlements intérieurs, sans
attendre des directives officielles ».
Puis sont
arrivés les Nouveaux programmes.
Après toutes les initiatives ministérielles préconisant une information sur les droits des enfants et la mise en oeuvre de pratiques citoyennes, lors de la Journée nationale des droits de lenfant, après la reconnaissance par la commission denquête de lAssemblée nationale[4] des libertés publiques accordées aux enfants, nous nous attendions à ce que les nouveaux programmes sappuient sur les avancées théoriques et pratiques opérées.
Nous nous faisions des illusions. Le texte sur léducation civique à lécole primaire ne prévoit pas létude de la Convention internationale des droits de lenfant, encore moins lapplication des libertés quelle reconnaît. Les libertés fondamentales, qui fondent la citoyenneté de lenfant, ne seront donc pas garanties et organisées par le règlement intérieur. Nous savons donc que la participation des élèves aux décisions qui les concernent, même si elle est préconisée, demeurera liée aux choix pédagogiques et éducatifs des enseignants et non à la mise en oeuvre dun droit
Cest pourquoi, lOCCE et lICEM ont adressé une lettre ouverte
au Ministre Jack Lang pour protester contre la régression des nouveaux programmes et ils
ont appelé « tous les militants des droits de lenfant à continuer laction
pour que les droits et libertés de lenfant et lexercice dune
citoyenneté participative à lécole deviennent une réalité, conformément aux
engagements que la France a pris en ratifiant la Convention internationale »
En juillet, nous avons avec lAssociation
Intermèdes, pris position contre les dispositions concernant les enfants et les jeunes,
du projet de loi dorientation et de programmation, maintenant adopté par le
Parlement le samedi 3 août 2002.
Le combat
pour les droits de lenfant et pour une citoyenneté participative doit donc
continuer à lécole et hors de lécole.
Cest pour appuyer ce combat, que jai moi-même
rassemblé dans un livre, paru en mai 2002, Les droits de lenfant à lécole,
pour une éducation à la citoyenneté »[5], les principes et les
pratiques sur lesquels nous appuyons notre action novatrice et militante.
Les droits de lenfant et les droits de lhomme,
les valeurs de liberté, dégalité, de fraternité, de coopération, de
solidarité, de respect, de justice, fondent notre action pédagogique et éducative. Ils
lui donnent tout son sens.
Je voudrais ici citer le bilan dune stagiaire
professeur des écoles de Nantes qui a suivi les travaux du « Groupe vie
Coopé » du Groupe départemental 44 :
« Les grands principes de la pédagogie Freinet (
expression libre, coopération, communication, tâtonnement expérimental, travail
individualisé...) et les outils construits dans lesprit de ces principes permettent
de faire coexister de manière cohérente actions pédagogiques et objectifs éthiques et
politiques. Les réunions, les discussions, les visites de classe, mont permis de mettre des mots sur la place
denseignant que je désire occuper et les pratiques qui coïncident le mieux avec
cette place... »
Cest aussi en nous fondant sur nos principes et nos
valeurs que nous nous sommes engagés, dans les manifestations de défense des libertés
et de la démocratie, lors des dernières élections.
Le 1
Mai 2002, lICEM a lancé un appel pour faire barrage aux idées extrémistes mais il
a aussi appelé les professionnels de léducation « à poursuivre le
combat pour une école libératrice, ouverte sur la vie ; pour un accès de tous aux
savoirs et aux cultures ; pour une participation active de tous ( enfants, jeunes et
adultes) à la construction de règles et repères qui permettent laccueil, la
différence, le respect de chacun ; pour des pratiques coopératives qui aident
chacun à se construire par une compréhension du monde et à tisser des liens. »
Cet appel qui se place dans la continuité de nos positions politiques et pédagogiques, illustre bien le fait que pour nous choisir la coopération comme principe de base de la vie sociale et pédagogique de nos classes et de nos écoles, cest aussi choisir une visée politique, éthique et éducative, une conception de lhomme et de la société, de la démocratie et de la citoyenneté.
En 1791, lAbbé
Sieyes, considérait que « Les citoyens nomment des représentants bien plus
capables queux de connaître lintérêt général, et dinterpréter à
cet égard leur propre volonté ».
Cest une conception démocratique qui sous-tend encore souvent nos instances représentatives et laction des élus qui les animent, que ce soit dans la société ou dans lécole.
Or, avec
Freinet, « Nous disons, nous, lenfant et lhomme sont capables dorganiser
eux-mêmes leur vie et leur travail pour lavantage maximum de tous ».
Nous sommes convaincus que les enfants, même très jeunes, sont capables dexprimer des avis pertinents, de confronter leurs points de vue avec ceux des autres, de prendre des décisions responsables et de les mettre en oeuvre de façon efficace.
La Déclaration universelle de 1948 (
article 21,1) stipule que « Toute personne a le droit de prendre part à la
direction des affaires de son pays, soit directement, soit par lintermédiaire de
représentants librement choisis »
Cest le principe même qui fonde la nécessité de mettre en place une démocratie participative qui soit le complément de la démocratie représentative ;
La participation et la représentation sont les deux piliers de la citoyenneté dans la société mais aussi dans lécole et dans toutes les institutions qui accueillent les enfants et les jeunes.
Si lun manque, on en arrive à une citoyenneté passive dans laquelle on na quun système de représentation, de suffrage, mais sans grande possibilité de participation à lélaboration de la décision, à sa mise en oeuvre, à lévaluation de ses effets.
Nos questions principales demeurent les mêmes quà Rennes :
- Comment faire pour que les adultes et
les enfants puissent être des citoyens à part entière dans les lieux où ils vivent et
travaillent ?
- Quelles
institutions doivent être crées ?
- Quelles
compétences sont nécessaires et donc quelles formations doivent être mises en
place ?
Elles sont aujourdhui devenues
encore plus actuelles depuis les manifestations de
défense des libertés et de la démocratie.
On a
entendu beaucoup parler de « parole
citoyenne », de « rendre
la parole aux citoyens », de « dialogue citoyen » qui
permettrait de mieux vivre ensemble et de retisser le lien social, de créer des « espaces
de concertation » dans lesquels hommes politiques et société civile pourraient
se retrouver pour redonner son sens au mot démocratie.
Les
médias ont mis souvent laccent sur lengagement citoyen des jeunes, sur leur
maturité civique. On a vu aussi souvent des enfants tenir des propos pertinents sur la
situation et des parents suivre leur avis.
Nous
nous sommes demandé si les enfants et les jeunes suffisamment « citoyens »
pour participer volontairement ou être associés à la défense des libertés dans la
rue, en rentrant dans les classes seraient encore considérés comme incapables de donner
leur avis sur leur travail et leur vie à lécole, au collège, au lycée et à lUniversité.
Cette
parole citoyenne quils avaient pu exprimer dans la rue, allait-elle encore sarrêter
à la porte des écoles et des classes ?
Les
enfants et les jeunes allaient-ils pouvoir participer réellement aux décisions qui les
concernent ?
La
citoyenneté et la démocratie sont en débat dans la société et dans lécole.
Nous avons donc à mener une double réflexion, et une double action, même si lécole
est notre champ premier daction.
La
crise de la démocratie représentative et les revendications dune parole citoyenne,
ont fait se multiplier les initiatives dans les villes : « démarche de
quartier », « conseil de quartier », « ateliers
citoyens »,« Conseil de la citoyenneté », « forum par
internet ». Une loi relative à la démocratie de proximité a dailleurs été
adoptée le 27 février 2002.[6]
Mais
« Le Monde Initiatives », 10, Juillet-Août 2002, parle déjà des aléas de
la démocratie participative, de « conseils de quartier instrumentalisés »,
niveau de pouvoir intermédiaire entre habitants et municipalités. Mais il existe aussi
des expériences qui vont au delà de la consultation, expériences dans lesquelles les
citoyens peuvent être présents tout au long du processus de décision et de mise en
oeuvre des projets. Le réseau « Démocratiser radicalement la démocratie » étudie actuellement les conditions pour que lexpérience
du budget participatif de Port Alegre, au Brésil, soit transférable dans les villes
européennes.
Bientôt le 26
août, commencera à Johannesbourg, en Afrique du Sud, le Sommet pour le développement
durable. Or le développement durable sappuie sur des principes qui sont aussi les
nôtres, principe de précaution, principe de solidarité, principe de
participation : il sagit donc de permettre à chaque communauté davoir
la maîtrise sur son environnement.
Nous sommes
concernés en tant que citoyens mais aussi en tant quéducateurs, parce que
démocratie participative et développement durable impliquent une éducation à la
citoyenneté, mais aussi parce que de lanalyse de ces expériences nous pouvons
tirer des enseignements pour une mise en oeuvre réelle de la participation à lécole.
Politis, du
25 juillet 2002, dans son dossier « De Rio à Johannesbourg », cite lexpérience
dun petit Etat brésilien de l « Amapà » qui a mis en place dans
ses programmes scolaires des éléments de sensibilisation au développement durable.
« Une
éducation qui saccompagne dune formation à la citoyenneté et à la prise de
responsabilité, et dont on mesure le résultat dans le pouvoir quont pris les
associations, les coopératives, les assemblées de quartier, etc qui gèrent des pans
importants du budget. Une redistribution des richesses a été entre prise au profit des
plus défavorisés ».
Nous avons aussi remarqué les mêmes effets dans le
village de Diawar au Sénégal, où une école Freinet fonctionne depuis plus de dix ans.
Ici la citoyenneté participative à lécole a précédé et influencé lengagement
citoyen dans le village.
Nous navons
pas la prétention de changer le monde par notre action éducative, mais lexpérience
de Diawar témoigne quune pratique de la liberté à lécole peut fortement
marquer toute une collectivité.
La participation à lécole
Dans les programmes de 2002, si la participation continue à être encouragée, elle demeure encore très partielle.
En fin de cycle 2, lenfant doit être capable de :
- commencer à se sentir responsable,
- prendre part à un débat sur la vie de la classe,
En fin de cycle 3, il doit être capable de :
- prendre part à lélaboration collective des règles de vie de la classe et de lécole,
- participer activement à la vie de la classe et de lécole en respectant les règles de vie,
- participer à un débat pour examiner les problèmes de la vie scolaire en respectant la parole dautrui et en collaborant à la recherche dune solution.
Mais il faut noter cependant une avancée puisque les nouveaux programmes prévoit :
- au cycle 2, une heure par quinzaine sera
consacrée à lélaboration des règles de vie, aux débats. Si les « principes
supérieurs » ne se discutent pas et sont « normalement
imposés » car ils constituent les « conditions de la liberté et du
développement de chacun », il est prévu « une libre
organisation du groupe(...) lélaboration dun contrat, après discussion,
négociation, compromis. »
- au cycle 3, « les règles de
vie sont élaborées par les élèves sous la direction du maître. Les difficultés nées
de leur mise en oeuvre sont régulièrement examinées afin den améliorer le
fonctionnement et le respect. Ces débats sont loccasion dune mise en pratique
de la communication réglée : ordre du jour, présidence de séance, compte rendu.
Ces réunions auxquelles peuvent participer dautres adultes de la communauté
scolaire sont aussi loccasion, lorsque des conflits éclatent, de mener une
réflexion approfondie sur ce qui relève de valeurs pour lesquelles il nest pas
possible de transiger ou, au contraire, du libre choix de chacun. »
Cest une reconnaissance pédagogique du Conseil dans
la classe, expérimenté depuis près dun siècle par les pédagogues novateurs mais
non une reconnaissance juridique.
Mais, malgré la multiplication des
Conseils denfants Ecole, [7]il nest plus question de
pratiques participatives, au niveau de lécole, avec des représentants de classe.
Pourtant Jack Lang, le 20 juin 2000[8], avait trouvé « judicieux
de multiplier les conseils de délégués de classe, quun certain nombre décoles
élémentaires ont déjà expérimentés. Elus par leurs camarades dans chaque classe, en
début dannée scolaire, les délégués devraient à intervalle régulier ( une ou
deux fois par trimestre par exemple), être réunis par la directrice ou le
directeur... »
Il nous faudra donc
rappeler encore que la parole est un droit
et que ce droit légitime des pratiques innovantes
dans le champ de la citoyenneté
Article
12
1. Les Etats parties garantissent à
l'enfant qui est capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur
toute question l'intéressant, les opinions de l'enfant étant dûment prises en
considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.
Après létude du rapport présenté par la France, en 1993, sur la mise en application de la Convention, le Comité des droits de lenfant de lO.N.U. a suggéré a au gouvernement « dexaminer plus avant les moyens dencourager lexpression de lopinion des enfants et de faire en sorte que leur avis soit dûment pris en considération dans toute décision qui concerne leur vie, en particulier à lécole et au sein de la communauté locale ».
Et il vient, le 7 juin 2002, de
recommander à la Belgique, que « conformément à larticle 12, lEtat
prenne des mesures plus avant pour promouvoir et faciliter la participation significative
des enfants à la société, y compris les écoles ».
Il est de notre responsabilité déducateurs militants, dagir pour que TOUS LES ENFANTS ET LES JEUNES puissent exercer leur droit à la parole et leur droit de participation, à lécole
Nous nous sommes déjà demandé quelles sont les conditions pour que le conseil denfants de lécole, fondé sur le principe de représentativité, soit une solution pour lexercice du droit de participation par tous les enfants ?
Nous allons poursuivre cette réflexion durant le Congrès mais cela ne devrait être quune étape dans notre action. Nous comptons sur les équipes innovantes pour nous proposer de multiples innovations dans ce domaine, même si le Ministère ne leur accorde pas son soutien, en respectant quelques principes fondamentaux, au regard dune mise en oeuvre de la démocratie participative.
Je voudrais simplement ici en rappeler trois, auxquels il faudrait adjoindre tous ceux qui concernent le respect des principes fondamentaux du droit, en particulier dans le champ des procédures disciplinaires et des sanctions, que nous avions aussi commencé à étudier à Rennes, avec Bernard Defrance et Eirick Prairat.
Principe 1. TOus les enfants doivent pouvoir donner leur avis, être informés eu égard à leur âge et à leur degré de maturité et participer directement ou par lintermédiaire de leurs représentants aux débats et aux décisions qui les concernent et à leur mise en oeuvre :
« Proposer-Discuter-Décider-Appliquer »
La démarche, construite autour de ces quatre étapes dune gestion participative véritable, doit demeurer notre ligne daction.
Principe 2. Tous doivent pouvoir prendre des responsabilités
Dans la classe coopérative, comme dans toute expérience de démocratie participative, quil sagisse dexercice des libertés, de partage du pouvoir, dengagement dans un projet collectif, dorganisation des activités, la notion de responsabilité est essentielle. Elle est à la fois une valeur, un but à atteindre et une nécessité.
Dans la classe coopérative, les activités différenciées, les nombreux ateliers, la complexité de lorganisation...impliquent que de nombreux rôles et tâches soient assumés. Permettre à chacun de prendre des responsabilités, définies par le conseil, est donc un principe relativement facile à mettre en oeuvre.
Il nen est pas de même au niveau dune école, dun collège, dun lycée, lorsquil faut en passer par un système de représentation : conseil de délégués, conseil denfants de lEcole...
Pour les pionniers des Républiques et
communautés denfants, du début du siècle, lécole doit être une totalité,
dans laquelle chacun doit être reconnu et doit pouvoir participer à son gouvernement. Chacun doit pouvoir administrer quand cela est nécessaire
et quand il le faut obéir et rester dans le rang. Cest le principe politique que
Pistrak a mis en place afin quil ne se forme pas « une élite de
spécialistes ».
La formation d « une élite de spécialistes » est un danger auquel nos structures participatives néchappent pas. Au nom de lefficacité, il est tentant de toujours choisir les enfants les plus actifs et les plus compétents pour assumer les responsabilités importantes dans la classe. Il en est de même lorsquil sagit de choisir des délégués, qui, parfois, reçoivent une formation spécifique, dans les collèges et les lycées par exemple.
Lanalyse
des expériences des Conseils municipaux denfants montre clairement ce risque dune formation réservée à quelques
uns.
Il
en est de même dans le nouveau projet du ministère de l Education nationale pour
la formation des représentants des élèves, même si le texte précise que cette formation « réservée à une
minorité ne doit pas être coupée de la formation générale que reçoivent tous les
élèves...Lapprentissage de la prise de parole, de la négociation, de lingénierie
de projet se fait aussi en classe, en situation pédagogique »
La
formation de tous les élus doit leur permettre de faire des comptes-rendus aux autres
élèves, de « communiquer entre élus », de « savoir prendre la parole, argumenter,
animer un groupe », de « faciliter leur participation à la vie de létablissement. »
« Elle conduit à transmettre à lélu des savoirs, des savoirs être
et des savoirs faire qui lui seront utiles en dehors du strict exercice de son mandat. »
Il sagit
donc bien de la formation dune élite de responsables, or
Principe 3. Tous les enfants ont le droit dêtre formés car tous ont le droit de devenir des acteurs à part entière de la communauté éducative ».
Lanalyse
de notre longue expérience d'autogestion pédagogique [9] montre que la construction
d'une citoyenneté responsable doit se faire
selon une double démarche :
- la
participation aux institutions telles que les conseils, les réunions, les assemblées
générales et aux diverses responsabilités, permet à chacun de commencer à construire
les compétences nécessaires pour s'engager dans la gestion du groupe et de ses
activités ;
- mais cela ne
suffit pas, il est nécessaire de mener une analyse permanente des pratiques vécues et de
mettre en place des actions de formation spécifiques, pour tous.
Cest
par notre capacité à mettre en oeuvre , et à faire connaître, une telle formation, sappuyant sur de
réelles mises en pratique dune citoyenneté participative au niveau de nos classes
coopératives et de nos écoles, que nous apporterons notre contribution militante aux
actions menées pour que les citoyens puissent exercer leur pouvoir collectif de décision
sur les affaires qui les concernent.
1-FERRIERE Adolphe, Lautonomie des écoliers dans les communautés denfants, Neuchâtel, delachaux et Niestlé, 1921
2- PISTRAK M.M.., Les problèmes fondamentaux de lécole du travail, Paris, Desclée de Brouwer, 1973
[3] FREINET, La coopération à l'Ecole Moderne, in L'EDUCATEUR, 18, 15/6/45, numéro spécial
[4] FABIUS LAurent, président, BRET Jean-Paul, rapporteur,Droits de lenfant de nouveaux espaces à conquérir, rapport n°271, commission denquête Assemblée nationale, 2T., 1998
[5] LE GAL Jean, Les droits de lenfant à lécole, pour une éducation à la citoyenneté, Bruxelles, DE BOECK-BELIN, 2002
[6] Journal officiel n)50, 28 février 2002, loi n°2002 du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité.
[7] LE GAL Jean, Le conseil denfants de lécole, Editions ICEM
[8] Ministère de léducation nationale Conférence de presse de J. Lang 20 juin 2000
[9]
LE GAL Jean, YVIN Pierre, VERS L'AUTOGESTION,
Documents de lICEM, 7, 1971