LE «QUOI DE NEUF ?»

ORGANISATION ET QUESTIONS

 

Quelques témoignages de pratiques

 

« Historiquement », j'ai instauré l'accueil, dans un premier temps pour accueillir les enfants. Au départ, c'était moi qui parlais, complimentant un élève sur sa tenue... Je pensais que par cette approche, je créerai un climat plus convivial. 

Bavard, je l'étais et je poursuivais en évoquant une émission, un phénomène météo... Rapidement, les élèves apportèrent leurs propres expériences et me réduisirent au silence... Ils firent bien. 

Pour moi, le QDN a donc deux buts :  que l'enfant se sente bien en classe et qu'il puisse faire le lien entre sa vie et l'école. En apportant des situations extérieures en classe, il comprend mieux à quoi sert ce que l'on apprend à l'école. Ensuite, il peut mieux utiliser à l'extérieur ce qu'il a manipulé à l'école, car c'est dans la même lignée.

[…]

La possibilité d'inscription préalable permet de donner plus facilement la parole aux moins bavards. Pour les classes bavardes, cela permet aussi de limiter la durée. Si un gamin ne peut pas tout dire, il l'écrit (d'ailleurs, je propose presque toujours un passage à l'écrit pour les narrateurs).  

Bernard-Yves Cochain  

 

Chaque lundi, en rentrant en classe, c'est un temps de parole privilégié, chacun s'exprime sur ses activités du week-end. En début d'année scolaire, les discussions peuvent paraître hétéroclites, cependant au fil des semaines, des fils de suivi thématiques se développent, les enfants apprennent à être plus concis, cela prend du temps. Mais il est tout à fait remarquable que les enfants attendent ce moment privilégié comme un rituel à la fois d’écoute de l'autre et d'expression de soi-même. Ce sont des moments d'émotion simple, parfois douloureuse qui ne pourront se traduire sous une autre forme. De nombreuses paroles restent ici sous le sceau du secret de cette mini-collectivité, c'est un enrichissement aussi bien pour l'adulte qui accompagne l'enfant que pour l'apprentissage de la vie de groupe entre camarades.

L'organisation du «Quoi de Neuf ?»

Trois métiers permettent de régulariser ce temps de parole. Un premier animateur dispose d'un cahier sur lequel chaque personne souhaitant intervenir s'inscrit (date, nom, sujet). Quand tout le monde est installé, que l'appel de la cantine est réalisé ainsi que la vérification de la signature des cahiers, il énumère les thèmes proposés à l'ordre du jour. Un deuxième animateur distribue la parole à chaque personne qui souhaite réagir. Le maître du temps, quant à lui, mesure les prises de parole. Si un nouveau sujet est abordé en cour de discussion et que le temps ne permet pas de le traiter, il est inscrit au prochain «Quoi de Neuf ?».

Patrick Aslanian

 

 Le lundi, je pratique le «Quoi de Neuf ?» dans ma classe... Il dure environ vingt minutes. Il y a un président qui distribue la parole par le biais du bâton de parole. Le président demande à l'enfant qui parle de parler plus fort dans le cas où les paroles seraient inaudibles. Les enfants voulant parler lèvent la main. Tous les thèmes peuvent être abordés sauf les émissions de télé (à part les informations, le film de la semaine dernière). Voilà, en fait, j'aimerais que cet instant évolue pour que les enfants ne tombent pas dans la routine alors que ce moment est apprécié par tous...et par moi. 

Bruno Mallet

 

A l'école Bizu, l'ancien «Quoi de Neuf ?» du matin a disparu. Sur le conseil de Paul Le Bohec, il est remplacé par un moment d'expression écrite et dessinée. Cela aussi pourra changer si le besoin s'en fait sentir. Le jeudi après-midi, après la séance d'anglais (avec intervenante) nous organisons un «Quoi de Neuf ?» de semaine, les enfants ayant gardé une info ou quelque chose à montrer pour l'occasion. Dans la semaine, à tout moment, un «Quoi de Neuf ?» sauvage peut se mettre en place si le besoin s'en fait sentir. Rien n'est figé, tout est en mouvement. Le Président de quinzaine distribue la parole à la demande et le Secrétaire prend note sur son cahier. Si quelqu'un ne parle pas assez fort, les autres le feront répéter et lui diront de parler plus fort. Parfois je suis là avec le groupe, parfois je suis ailleurs, parfois un ou deux enfants font autre chose en même temps. Parfois une activité va démarrer pour quelqu'un à la suite d'un thème qui l'aura intéressé. Je n'évalue pas.  

Hervé Moullé

 

Dans ma classe de CE1, le «Quoi de Neuf ?» a lieu deux fois par semaine, le lundi et jeudi. Le mardi, c'est une présentation de livres, et le vendredi, une présentation d'objets, pour lesquelles les enfants se sont inscrits au préalable. Le matin, en arrivant, les enfants qui le désirent s'inscrivent sur une ardoise. Il y a un Président du «Quoi de Neuf ?» qui donne la parole et un gardien du calme qui nomme les gêneurs. Après chaque intervention, les enfants posent des questions J'assure le secrétariat. Le résumé de ce qui a été dit est rangé dans un classeur de vie qui circule dans les familles et est complété par les apports des enfants et des événement de la vie de classe. Mais les sujets plus personnels ne sont pas retranscris. On assure le secret pour les enfants qui le désirent. Le «Quoi de Neuf ?» dure vingt-cinq minutes. Les sujets évoqués peuvent servir de pistes pour des textes libres ou pour des activités de recherche. On a depuis peu instauré un moment rapide où tous les enfants qui le désirent peuvent exprimer une tristesse ou une joie, ce qui permet de soulager les préoccupations de certains enfants. Ce moment n'est pas retranscrit.  

Marguerite Vigne

 

 Le « Quoi de neuf ? » est un moment de parole qu'on met à la disposition des enfants. Ils se l'approprient et d'une année à l'autre, il peut être très différent dans ce que les enfants y échangent. Mais il y a des incontournables : il a lieu tous les jours, il est géré par un enfant, et au cycle 3, un secrétaire prend des notes, ce n'est pas un prétexte à «exercices d'expression orale» et il a une durée maximum (15 min).

Pour moi, ce temps de parole est différent des présentations de livres ou de poésies où l'enfant seul (ou à deux) s'engage personnellement dans cette présentation (préparation importante).

Catherine Chabrun

 

La présidence du «Quoi de Neuf ?» est la plus difficile à assumer. Car la libre parole, si elle est protégée par la loi du secret «On ne répète pas ce qui se dit ici», favorise l'émergence de «confessions» douloureuses. Le Président a alors pour mission de faire savoir qu'il a bien entendu ce qui s'est dit, trouver des paroles sobres pour accompagner celui qui a parlé, mais aussi éviter que la classe entière se dilue dans l'angoisse collective. Aussi, peu d'élèves sont à même d'exercer cette responsabilité écrasante. Il vaut mieux être très vigilant à ce niveau pour éviter des séances de «Quoi de Neuf ?» complètement terrifiantes pour les enfants !

Le «Quoi de Neuf ?» commence, comme tous les moments institutionnalisés, par les maîtres mots : « Je déclare le Quoi de Neuf du..... ouvert et je demande le silence. Les gêneurs deux fois seront exclus de la parole. Qui s'inscrit?». Le secrétaire inscrit au tableau les enfants qui lèvent le doigt. Le président distribue la parole.

Respecter déjà la prise de parole et l'écoute, c'est un minimum exigible pour le bon déroulement du «Quoi de Neuf ?». Pour les classes de petits, j'ai vu pratiquer quelque chose d'intéressant : celui qui parle tient un bâton ou tout autre objet qui symbolise le pouvoir : il facilite la perception par les autres du «pouvoir» que détient celui qui parle, et cela implique le respect de l'écoute.

Martine Dorso-Mercier

 

J'ai un problème avec le «Quoi de Neuf ?» ...

 

J'ai un problème avec le « Quoi de neuf ? » : les enfants ne parlent pas . Il arrive parfois que j’aie un silence de mort, qu'un instituteur des années 20 m'envierait. Qu'est-ce qui ne va pas ??...

Joël Pince

 

Si le « Quoi de Neuf ? » est stérile, il faut le supprimer, comme une branche morte. J'ai cru longtemps qu'il fallait une dose de pédagogie Freinet dans toutes mes activités, pour ne pas trahir mes convictions : un peu de journal, un peu de correspondance, un peu de libre expression, un peu de tâtonnement expérimental, un peu de création.... C'est une erreur profonde. Je me suis aperçu que l'on peut fonctionner une année sans journal, une autre année sans correspondant, une année sans «Quoi de Neuf ?», une année sans communication extérieure. Tout dépend du reste...

Qui a dit qu'il fallait obligatoirement un « Quoi de neuf ? » le matin ? Certains collègues l'ont mis l'après-midi, d'autres l'ont remplacé par des présentations de travaux, d'autres l'ont effacé pour une installation du matin à la carte... Qui a dit qu'il fallait substituer l'emploi du temps officiel par un emploi du temps «Freinet» ? Freinet n'est pas un dogme, et l'entretien du matin n'est pas une institution.

Par contre, il y a des incontournables : on ne peut pas se passer du temps de parole institué, du temps de décision commune, du temps de critique et de proposition. On ne peut pas se passer du temps pour influer sur le cours des choses. On ne peut pas se passer du temps pour que les enfants se saisissent vraiment de leurs apprentissages. C'est-à-dire, en fait, pour exister comme être humain.

La question du « Quoi de Neuf ? » devient alors secondaire, pourvu que quiconque en classe ait le droit de s'exprimer à un moment où à un autre. Et que sa parole soit prise en compte.

Un endroit, quel qu'il soit, où les enfants auront le droit de dire : « Je n'aime pas ce truc, en classe, et voilà ce que je propose à la place...» Moi, l'instit, je suis alors garant de la sécurité et des programmes nationaux... mais je suis aussi organisateur, catalyseur, médiateur, régulateur, synthétiseur, titilleur, dynamiseur, enjoliveur, bricoleur...

 

Je me rends compte que j'ai tort de parler DES INCONTOURNABLES. Il n'y en a que DEUX, en fait :

1 - Il faut considérer à chaque instant, et dans chaque situation, que les enfants sont des individus avec qui l'on peut débattre, s'engueuler, négocier, s'émouvoir, s'agréger ou se distancier. Et considérer à chaque instant que nous voulons tous grandir, enseignant et enseignés.

2 - Il faut considérer qu'une parole d'enfant a autant de valeur que celle d'un instit, pour peu qu'elle se soit exprimée en classe.  

Exit le « Quoi de Neuf ? », mais pourquoi pas la programmation journalière orale, le bilan, le compte- rendu, la présentation de textes libres, livres, poésies, messages internet, blagues ?... Pourquoi pas des débats sur un thème donné, (et programmés sur la semaine), pourquoi pas des «luttes d'idées» sur un sujet controversé, genre la chasse, ou la mort, ou les extraterrestres ?...

Pourquoi pas une conversation enregistrée, style reportage ou micro-trottoir, envoyée aux correspondants pour critique ? Pourquoi pas une réunion de coopé enregistrée, puis réécoutée par les mêmes quelques jours après ? ... Pourquoi pas un moment de classe filmé par le maître (évidemment exclu de ce moment), que l'on va analyser en le visionnant (les sportifs font ça depuis longtemps...) ?

Pourquoi pas du théâtre, quand chaque groupe peut «parler» sur la prestation d'un autre groupe ?...

Pourquoi pas un projet pictural, ou d'écriture, ou de sculpture, où chacun sera le critique de l'autre ?

Il y a mille façons d’ouvrir les vannes de paroles. Même des paroles les plus coincées. Quand un enfant prend la parole en essayant de changer les limites de son monde, l'instit a déjà gagné. Même s'il doit reculer. Même si sa pédagogie prend un coup de froid. Le «Quoi de Neuf ?» reprend alors sa place. Mais juste sa place.  

Michel Barrios

 

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