| Sommaire Bulletin N°19 |
| EDITO RIDEF 98 au JAPON , Le jardin denfant Lecole dautodétermination de Moscou Réflexion sur des échanges franco-polonais Le Mouvement Coopératif dEducation Populaire Lécole
Freinet dété en Roumanie - La coopérative de Diawar, Droits de lEnfant au Sénégal Une école populaire à Tivouane "Lettre à la mer" CD Rom d' échanges méditerranéens "Expo du monde", Une exposition de créations du monde Construction dun réseau mondial Une rencontre espérantiste en Pologne WWW.freinet.org : Le site de la Fédération Internationale des Mouvements de lEcole Moderne |
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Immuablement, le printemps revient, dans nos contrées
tempérées.. "Un seul printemps dans l'année..., et dans la vie une seule
jeunesse..." nous dit Simone de Beauvoir. Cette jeunesse que nous entretenons par
dincessants échanges et de multiples créations de projets novateurs.
Luxuriance de cette jeunesse, luxuriance de projets qui étoffent notre forêt
pédagogique. A jamais verdoyante car à chaque feuille chue, un nouveau bourgeon éclôt
apportant ses limbes sans pareil.
Chaque feuille récente nous apporte son oxygène à la lumière des soleils que nous
envoient les collègues dailleurs.
Nous subissons parfois les vents les plus violents, quelquefois aquilon, de temps en temps
zéphir "Mais, lHomme ... est en réalité comme le feuillage. Il faut que
le vent passe pour que ça chante" Giono.
Mais notre compacité et notre synergie persistantes effraieront les plus intrépides.
Construisons notre forêt de connaissances, nos arbres de compétences®.
Gageons que nous saurons faire fructifier les cerisiers du Japon ou les vergers de
Normandie en cette année.
Christian Lego
Le bonheur des jardins denfants
En 1894, un européen visitant le Japon notait que
les enfants japonais bénéficiaient de tolérances peu fréquentes en occident : "La
règle générale est que lenfant peut faire ce quil veut, tant que sa
conduite ne risque pas de faire mal, ni à lui-même, ni aux autres. Il est protégé mais
non contraint, réprimandé mais rarement forcé. La punition est administrée que quand
elle est absolument nécessaire... Effrayer un enfant par des paroles dures et cassantes
ou un regard furieux, est condamné par l'opinion générale. Gifler un enfant, pour
quelque motif que ce soit, est une preuve de vulgarité et dignorance. La coutume
nest pas de punir en supprimant des jeux, ni par un changement de régime
alimentaire ni par une privation quelconque de plaisirs habituels. La patience parfaite
avec des enfants est une loi morale.
Cette description presque idyllique ne doit pas cacher les aspects moins séduisants des
jardins denfants japonais, à nos yeux doccidentaux. Dabord, ils sont
chers : les parents déboursaient en 1991, 65 000 yens (3250 F) en droits
dinscription par an, pour les jardins denfants publics et 157 000 yens (7850
F) pour les établissement privés faisant appel par exemple, aux méthodes Montessori ou
privilégiant certaines disciplines comme la musique et la danse.
Il nexiste pas de cantines scolaires et ce sont les mères qui préparent le Bentô,
boîte-repas de déjeuner (sur les conseils dune puéricultrice) que les enfants
emportent le matin. Enfin, les parents apprécient le jardin denfant pour ce
quils ne sont pas en mesure de procurer à leur enfant souvent unique :
loccasion de trouver sa place dans un groupe plus large, de collaborer avec les
autres enfants et de cultiver son autonomie, sans craindre des punitions car on les
considère comme contre-productives. La joie des enfants uniques est de devenir, à tour
de rôle, des moniteurs d'un petit groupe ou "tôbans" chargés des rituels
scolaires : annoncer lheure ou distribuer la boisson à midi.
Passer à la grande école, ce sera, note Murata Eiichi entrer dans le tumulte de la
compétition pour la promotion sociale, à régresser à la condition passive dêtre
enseigné ce qui amène des adolescents au suicide ou plus fréquemment à des formes de
revendications silencieuses dune formation différente entraînant un nouveau style
de relation éducative que les enseignants japonais ont limpression de découvrir
dans le Mouvement Populaire. Un Mouvement, non une secte, insiste Murata Eiichi.
Roger Ueberschlag
Lécole dAutodétermination
à Moscou
Ce matin de février, le
soleil qui illumine Moscou fait oublier quelque peu les moins dix degrés. La voiture
quitte le centre historique de la ville, passant devant la nouvelle sculpture démentielle
de Pierre Legrand qui domine la Moskova, une des nouvelles folies titanesques qui
nont rien à envier aux staliniennes dantan.
Nous pénétrons dans les quartiers aux immeubles Kroutchéviens, uniformément
construits, barres dimmeubles rangées militairement et qui défilent devant moi,
assis confortablement dans cette Volga à la carrosserie mythique mais qui possède un
réel confort intérieur. La radio, dernier cri, nous berce de romances russes et parfois
bascule vers les radios «Nostalgie » importées de nos contrées occidentales.
Aline Cheinina 1 et moi arrivons devant cet établissement de la banlieue
moscovite à lallure classique que possèdent tous les édifices scolaires russes.
Bâtiments parallélépipédiques, aux fenêtres rectangulaires.
Nous rentrons librement dans le hall de cette école. La chaleur de lambiance et le
fourmillement des élèves contrastent avec la froideur architecturale. Les peintures
livides des murs sont masquées par les créations artistiques des élèves de
létablissement. Cest un véritable enchantement de voir cette floraison de
peintures, de tapisseries ; les couleurs chatoyantes estompent laustérité qui
se dégagerait sans elles.
Alexandre Tubielsky, personnage aux cheveux grisonnants presque blancs, nous accueille.
Sur le chemin de son bureau, il semble connaître tout le monde, entre 1000 et 1500
élèves. Est-ce une première impression envoûtante de cet homme, mais je suis séduit
par la sincérité des contacts avec les élèves : un sourire, un geste, une
parole
Je commence mon interview devant une tasse du fameux thé russe.
Alexandre Tubielsky était membre du club Euréka dont faisait partie Aline Cheinina. Au
début des années 80, ce club réfléchissait sur les réformes éducatives nécessaires
en Russie, la mise en place de pédagogies alternatives. Certains sont actuellement dans
les instances ministérielles, dautres comme Alexandre Tubielsky ont choisi de
diriger un établissement pour mettre en uvre leur théorie.
Lécole dautodétermination accueille des enfants de 3 à 17 ans de cette
banlieue de Moscou. 1400 élèves. Elle a pour objectif de créer les conditions
nécessaires pour développer la personnalité de chaque élève et sa capacité à
sautodéterminer pour trouver sa place dans la société.
« Lélève doit être au centre du processus, affirme Alexandre
Tubielsky, et nous mettons les apprentissages scolaires au deuxième plan. Lécole
doit être adaptée pour que les élèves se construisent eux-mêmes. Notre but,
cest que les élèves définissent leurs objectifs, programment leurs activités,
sauto-évaluent, analysent leurs difficultés
. »
« Nous sommes convaincus, poursuit-il que seule la Liberté peut permettre la
réussite de notre projet dune nouvelle école, tout en respectant les droits de
chacun
.»
« Lorgane supérieur de lécole est lassemblée générale qui
comprend les élèves des niveaux 6 à 11, les professeurs et les représentants de
parents, précise mon interlocuteur. Les membres du conseil détablissement sont
élus par tous les citoyens de lécole. Il fait respecter les règles de vie,
collecte les idées, les suggestions et les questions
Lemploi du temps des
professeurs est modifié hebdomadairement pour répondre aux besoins des élèves.
Linstruction comprend des modules denseignement de base et des modules
personnalisés. Les élèves et les professeurs établissent ensemble ces emplois du
temps. »
Très vite, nous quittons son bureau et ces discours
pour côtoyer la vie de lécole. Un véritable labyrinthe. Des couloirs, véritables
galeries dexpositions accrochées aux murs. « Elles sont changées,
toutes les semaines, me dit-il »
Et derrière chaque porte, comme dans le générique de cette ancienne et excellente
émission sur le cinéma, les battants souvrent sur la vie des ateliers de poterie,
de tapisserie, de peintures, de sculptures, de lieux de recherche, de travail personnel ou
collectif
Les étagères regorgent de créations. Les enfants discutent, échangent.
A ma question sur les choix des outils, mon interlocuteur me répond « Lorsque
jai un peu dargent, je préfère acheter de la terre, de la peinture plutôt
quun magnétoscope ou une télévision. » A méditer.
Nous continuons à parcourir ces couloirs où nous rencontrons toujours quelquun qui
vaque à ses occupations. Nous croisons un étudiant, responsable dun des deux
journaux de lécole. Il échange quelques mots avec notre guide sur la prochaine
édition de la gazette.
Plus loin, la cuisine. Salle aménagée à la fois en cuisine et en restaurant. Chaque
jour, un groupe prépare une ou plusieurs recettes et ces produits sont ensuite vendus aux
étudiants et aux professeurs qui viennent dans cette salle agréablement aménagée par
les ateliers de menuiserie, et propice aux échanges conviviaux.
Au détour dun couloir, nous entendons le bruit de machines. Ce sont les ateliers.
Cest leffervescence ; des élèves travaillent sur les machines outils,
quelques-uns uns échangent avec le professeur devant un plan,
Les étudiants
produisent, répondent à des commandes de létablissement ou de
lextérieur.
Notre voyage se termine dans un autre bâtiment , celui de lécole maternelle où
les petits présentent un spectacle de cirque pour fêter le printemps et brûler le
bonhomme « hiver ». Ca grouille denfants, de parents, de professeurs qui
saffairent aux derniers préparatifs de la représentation .
Quelle bouffée doxygène pédagogique ! Je souhaiterais que bon nombre
dentre nous ou denseignants visitent cet établissement pour donner
lenvie de développer, notamment dans le second degré, des projets qui
réformeraient notre collège et notre lycée.
Bien sûr, ce tableau ne se veut en aucun cas idyllique mais tente de traduire mes
premières impressions dune visite étonnante. Lorganisation nest pas
parfaite, comme le reconnaît le directeur, elle évolue constamment et tente de gérer
coopérativement les difficultés qui surviennent au quotidien.
Des questions se posent également sur ce lieu, îlot éducatif où les enfants se sentent
bien, heureux de vivre et dapprendre. Mais on ne peut occulter lidée de
lécole dans son environnement social de quartier, de lécole dans la
société ; lélève y est et y sera confronter avec toutes les difficultés
que rencontre la majorité de citoyens russes. Alexandre Tubielsky nélude en aucun
cas ces remarques mais il avoue ne pas avoir de réponse pour linstant.
Christian Lego
1
Aline Cheinina est professeur de français à Moscou, présidente de lAssociation de lEcole Contemporaine. Cest avec Aline que Pierrick Descottes et moi avons écrit le projet « Coopération pédagogique pour une pédagogie de la Coopération » avec la Russie
Echanges avec la Pologne Extraits
La correspondance : Lettres, cartes postales, photos, petits cadeaux transitent par la voie postale. Les correspondants s'expriment en anglais, le plus souvent. Fax et téléphone sont surtout utilisés par les professeurs, quoique un parent ait pu envoyer à fax à son fils à lnowroclaw. Les fêtes de Noël et du Nouvel An redonnent un coup de fouet aux plus flemmards. Le fait que les échanges portent sur deux années favorisent bien sûr, cette activité épistolaire.
La découverte de l'autre : C'est indéniable, la peur de l'autre est vaincue. C'est un apprentissage de la citoyenneté grandeur nature !
Les rencontres lors du voyage, la plongée dans le bain familial bien différent du nôtre, les paysages urbains et ruraux particuliers rendent les Français plus aptes à comprendre les autres, à relativiser la notion de bonheur matériel et à s'interroger sur soi-même.
Le travail sur le terrain. Franchir la ligne Oder-Neisse, c'est mieux que de la dessiner d'un trait bleu sur une carte de l'Europe de 1945. Voir Auschwitz, Cracovie, Gdansk, Varsovie c'est comprendre beaucoup de choses. Un voyage vaut mieux qu'un long discours. Pour nos amis polonais, la réciproque est vraie. Ajouter à cela la lecture d'un texte d'un écrivain, la contemplation d'une église ou d'un tableau de peinture, la visite d'entreprise etc....Tout cela fut un enrichissement incalculable.
La préparation de l'accueil. Toutes les activités des deux années tendent à un seul but : éviter que nos correspondants dépensent trop. Aussi les actions entreprises développent notre esprit de solidarité. On ne travaille pas pour faire baisser le prix de notre voyage, mais le leur. Dans ce domaine, l'esprit d'initiative fut énormément développé.
L'accueil fort de nos partenaires financiers. Les collectivités locales en l'occurrence les mairies, les entreprises locales ont toujours répondu favorablement à nos demandes. Lors de notre dernier voyage nous avons pu emmener 500 kilos de produits alimentaires pour ouvrir notre crêperie. C'est là quelque chose qui nous a mis du baume au coeur, car cette aide a montré combien nous n'étions pas seuls.
A noter que l'aide officielle du Ministère des Affaires Etrangères pour notre lycée apparié officiellement est fort utile. En 1996, seulement 20 lycées polonais étaient officiellement appariés avec des lycées français.
Une lectrice française est partie pendant trois mois à Maria Konopnicka en janvier 1997 pour préparer les Polonais à notre venue. Cette année, c'est à notre tour d'accueillir une lectrice polonaise en 1998, elle préparera la venue des correspondants polonais.
Le transporteur. Il peut sembler bizarre de parler dans un rapport pédagogique du transporteur. Depuis 1993, c'est la même compagnie de cars et le même chauffeur (sur les deux ) qui assure le voyage. Connaissant bien les lieux et les hommes, ce chauffeur dépassa le cadre d'un salarié, employé par notre organisation, pour être un rouage essentiel de nos rencontres. A noter que les Polonais ont toujours considéré les chauffeurs comme partie intégrante de nos échanges. Une belle leçon d'humilité.
François Perdrial
Nés d'une "histoire de
famille", mes contacts avec ce pays sont restés dans cette tonalité lors d'une
première rencontre avec le pays et quelques unes de ses enseignantes l'été dernier.
En 1996, avec ma classe de grande section de maternelle, je cherche des correspondants
hispanophones car l'un de mes jeunes élèves, de père espagnol, est bilingue. L'occasion
me semble propice à un travail d'ouverture sur le monde, les différences et les
similitudes que peuvent découvrir les enfants entre eux, de pays éloignés, si on leur
permet d'échanger quelques écrits, photos, dessins...
A tout hasard, nous écrivons à ma nièce argentine et à son institutrice en leur
proposant une correspondance collective. L'accueil est chaleureux et Nancy
(l'institutrice) nous répond très rapidement, un colis, des lettres, des photos, une
cassette de chants de Noël arrivent dans notre classe après les vacances.
Toute l'année nous avons travaillé pour que cet échange soit fructueux : découverte de
nos pays respectifs à l'aide d'albums d'affiches, de lettres individuelles bilingues :
les enfants ont appris quelques mots pour se présenter, souhaiter une bonne année,
parler de ce qu'ils aiment.
Seuls gros problèmes : le peu de moyens dont disposait Nancy pour nous écrire et le
décalage des calendriers scolaires ; là-bas la rentrée a lieu en Mars et l'année se
termine début décembre. Nous sommes dans l'hémisphère Sud !
Nancy est une jeune institutrice, elle s'intéresse à ce que nous lui proposons et à la
pédagogie coopérative. Les collègues de son école accueillent également avec
enthousiasme une possibilité qui reste trop souvent réservée aux écoles privées. Je
suis restée en relation avec elle et nous avons pu nous rencontrer cet été à Cordoba.
Ce qui suit n'est qu'un aperçu très subjectif et très limité de la situation dans ce
pays.
A mon arrivée, mi-Juillet, j'ai immédiatement
cherché à joindre Daniel Saez, seul contact de l'ICEM avec l'Argentine et dont les
coordonnés m'avaient été fournies par Simone Cixous avant mon départ. Je n'ai pas eu
de réponse à ma lettre et je n'ai pu me rendre à Mendoz située trop loin de Cordoba,
autre difficulté, les distances de ce pays très étendues.
J'ai pu, en revanche, rendre visite aux collègues de l'école Alejo Carmen Guzman et
constater qu'avec le peu de moyens dont disposent les écoles publiques du pays, on peut
travailler en équipe et faire preuve d'un investissement personnel qui devrait nous faire
réfléchir...
Comme beaucoup d'établissements, l'école fonctionne en deux "tours" pour
utiliser au maximum les locaux : certains enfants viennent le matin, d'autres
l'après-midi du lundi au vendredi. Les enseignants changent également. Peu de
"petites vacances", des congés en hiver (l'été pour nous) au mois de Juillet
pendant deux semaines, et les plus longues de Décembre à début Mars.
Les salaires de base des instits, même si leurs horaires sont plus proches du mi-temps
que des nôtres, plafonnent à 240 pesos (1440F), s'y ajoutent selon les municipalités ou
les provinces des primes variables mais le salaire public dépasse rarement les 2500F.
Beaucoup d'enseignants sont donc obligés d'avoir un autre métier pour assurer les fins
de mois.
En ce moment, une réforme du système éducatif est en cours et cela a provoqué un
mouvement de protestation centré sur Buenos Aires car les moyens ne suivent pas et cela
ressemble à s'y méprendre à un sabotage en règle du système public au profit d'une
privatisation des enseignements, suite logique du néo-libéralisme en vigueur (voir les
récents articles du Monde Diplomatique sur le sujet).
Deuxième rencontre positive à Rio Tercero, à une centaine de kilomètres de Cordoba. Je
fais la connaissance d'Inès, institutrice dans un quartier défavorisé de la ville. Son
école semble bénéficier d'une équipe soudée et très dynamique, travaille selon les
idées de Paolo Freire, éducateur brésilien dont les travaux dans les favellas se
rapprochent beaucoup de ceux de l'Ecole Modeme ; et un échange avec nous la tente
également lorsque je lui explique les grandes lignes du Mouvement Freinet en France. Elle
parle un peu français et peut se faire aider par des collègues mais l'idéal serait de
disposer de documents en espagnol. Je lui ai récemment envoyé les coordonnées de
collègues colombiennes qui démarrent un groupe Freinet en Colombie (voir prochain
bulletin N°20).
Des pistes de travail sont lancées mais il nous faut tenir compte des handicaps suivants
: Une correspondance entre les enfants ne peut se faire que collectivement d'école à
école car les élèves ne changent pas de classe et d'instituteurs aux mêmes moments de
l'année de part et d'autre.
Les envois coûtent cher et sont souvent payés par les enseignants eux-mêmes, alors que
ceux-ci doivent déjà assurer sans aide les frais de leur formation continue obligatoire
pour obtenir de meilleurs salaires !
Le barrage de la langue, peu d'enseignants du primaire parlent le français, il faut donc
trouver ici des gens qui maîtrisent l'espagnol.
Dernière étape : Je passe seulement deux jours, avant mon retour en France, à Buenos
Aires où j'ai l'occasion de découvrir un mouvement "La Carpa Blanca" ou
"Tente blanche de la Dignité", qui est installée face au Congrès depuis
plusieurs mois. Des enseignants et des universitaires y font une grève de la faim
toumante pour protester contre le projet de réforme actuel et demander de vrais moyens
pour les enseignants et les établissements. Des manifestations et des grèves générales
ont déjà eu lieu à Buenos Aires et ont été réprimées violemment, même si cela n'a
rien de commun avec la période militaire. Il y a eu des morts et il ne fait pas bon se
pencher de trop près sur certaines affaires, des journalistes y laissent encore leur
peau.
Le Mouvement Syndical Argentin a reçu le soutien de nombreuses organisations étrangères
sympathisantes. Lorsque j'y étais, la télé filmait la visite d'une délégation
allemande.
Un congrès sur lEducation a eu lieu en Février 97 à l'initiative de la C.T.E.R.A
(Cunfederacion de Trabajadores de la Educaciun de la Republica Argentina) et en Septembre
des "Carpas Blancas" devaient être installées en face des ambassades et dans
des pays amis d'Amerique du Sud.
Ceux qui souhaiteraient être mieux inforrnés peuvent, par lInternet, obtenir des
infos sur le site Conadu qui a pour E-mail : conadu@
satlink.com
ou sur le Web : http//www.imlaplata.cum/conadu
Tous ceux d'entre vous qui pensent pouvoir nous aider à consolider un embryon de travail avec l'Argentine sont les bienvenus. Nous avons besoin de documents sur la Pédagogie Freinet ou la Pédagogie Coopérative en espagnol, de compte-rendus d'échanges...
Pascale Borsi
Extrait dune lettre adressée à Georges Bellot, correspondant pour la Roumanie, par Sandra Miciulica, responsable de lARSM (Mouvement Freinet Roumain)
... Il nous semble que, dans les conditions concrètes de notre système éducatif et social, la seule forme viable de valorisation des principes Freinet est, pour le moment, le camp de vacances, où enseignants et enfants peuvent organiser librement, sans aucune contrainte? des lois préétablies, les règles, le programme, les activités, la vie coopérative.
Ecole Freinet d'été en Roumanie
Cest à la fois un stage de formation pour les
nouveaux, et de la pratique vive pour tous. Les enfants sont ravis et lécho de
cette "école" qui part de bas en haut : enfants, parents, professeurs.
Autorités, inspection académique, ministère... se sont montrés plus sensibles et à
juste titre, face aux résultats, ils sont décidés à nous appuyer... Une troisième
édition est donc envisagée pour lété 98.
En quelques mots, voilà ce qua été "lécole Freinet 1997", nom
qui a été donné à la première qui date de 1996. Cette année, plusieurs institutions
ont réuni leurs efforts : lARSM et lAssociation des Maîtres dEcoles du
Département de Timisoara en ont pris linitiative. Elle fut le fruit de la
coopération de lAcadémie scolaire, du club denfants, des académies des
département concernés, du Ministère de lEnseignement, et cette année encore,
avec la participation de lEcole Rudolph Walter. C'est un établissement spécial
pour les enfants sans parents, où par des pédagogies alternatives et une organisation
familiale subventionnée, ils jouissent dune vie moins traumatisante. Une mention
spéciale à la contribution des parents qui permettent la réussite de lactivité.
"Lécole dété Freinet" 1997 a donc ouvert ses portes le 23 août
et a duré jusquau 1er septembre dans les installations du camp dété de
Cheveresul-mare près de Timisoara.
La participation a été beaucoup plus grande que prévu : nous étions 150 personnes (130
enfants et 20 adultes). Les enfants provenaient des différentes écoles de notre ville,
du club des enfants, du centre Rudolph Walter et de 3 départements du pays doù ils
sont venus avec nos camarades corres-pondants de lARSM (département de Mures, Cluj
et Dolj).
Les ateliers traditionnels ont été : le journal,
le texte libre, lenquête, la bande dessinée, les mathématiques de vacan-ces,
lexpression plas-tique et artistique, lexpression corporelle.
Les activités permanentes ont été la réunion coopérative, lexposition
générale, les jeux et les concours sportifs.
Les nouveautés absolues de cette année ont été : latelier déducation à
la santé qui a joui dun énorme succès et celui de la "radio Freinet 97"
dans une structure perfectionnée et professionnelle qui émettait chaque soir à la même
heure, après les réunions coopératives.
Pendant que les enfants étaient à lécoute de ces émissions, nous les animateurs,
nous nous réunissions pour apprendre, pour faire des échanges d'expériences.
Une autre nou-veauté a été la "patrouille écolo" qui veillait au respect de
lenvi-ronnement et de lhygiène, distribuant des prix ou des critiques.
Nous avons eu, cette fois, plusieurs miroirs de nos activités : à part le journal,
loeil du camp et lexposition qui grandissait de jour en jour,nous avions des
photos reporters radios et de merveilleux dessinateurs portraitistes. Avec la contribution
de lécole Walter, nous avons pu avoir une caméra et par conséquent un film
vidéo.
Des journalistes du quotidien "Renasterea" de Timisoara sont venus pour faire un
grand reportage qui a été publié le lendemain. Les parents des enfants participants ont
été invités à la fête finale (prix et bal masqué). Ils ont reçu sur place le
journal du camp où se reflétait toute lactivité de ce genre décole
quils ont commencé à aimer aux côtés de leurs enfants.
Ce qui nous a rendus un peu malheureux, a été le fait que pour des raisons que nous
ignorons, aucune invitation internationale na été honorée.
Nous avons réalisé un bilan final dont les résultats nous encouragent : En priorité
ont été appréciés, léducation à la santé, la peinture et lexpression
artistique, lexposition, la radio "Freinet"...
Presqu'à l'unanimité ont été appréciés le programme quotidien et , et la
"patrouille écolo". Ce sont des choses qui prêtent à de nouvelles
réflèxions sur la prochaine organisation du projet en 1998. En même temps, les
interviews pris par les équipes journal et radio montrent clairement ce que les enfants
ont apprécié : la démocratie de cette école, la liberté d'expression, l'esprit
d'équipe, la responsabilité d'un travail sérieusement assumé....Ce stage a rassemblé
de nombreux instituteurs à côté du noyau des anciens qui sont tous professeurs dans le
second degré et qui ont reçu une vraie formation.
Droits de lenfant au Sénégal
"Tu as le droit à la vie, personne ne peut te mettre en esclavage, ni te faire souffrir."
Jean Le Gal travaille depuis quelques années avec le Sénégal. Il suit également pour lInstitut Coopératif de lEcole Moderne, Pédagogie Freinet, le dossier sur "Les Droits de lEnfant" et lapplication de la Convention Internationale des Droits de lEnfant. Il est un des responsables de lAssociation des Amis de Diawar qui a son siège à Rezé (Loire Atlantique - France). Voici un extrait de ce quil écrit dans "Le Vent du Fleuve" de novembre 1997 à propos de la Convention des Droits de lEnfant au Sénégal.
La Convention internationale des droits de l'enfant
a été adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989.
Au 3 avril 1997, elle a été ratifiée par 190 des 193 pays membres de l'ONU. Il est
courant d'entendre dire que les pays en voie de développement ne l'ont ratifiée que pour
des raisons d'opportunisme politique. C'est pourquoi il est nécessaire d'aller faire un
tour ailleurs afin de relativiser notre prétention à être toujours le phare des droits
de l'homme.
Nous irons donc au Sénégal, à Saint Louis et à Diawar, une école et un village qui
ont adopté, et adapté, la pédagogie Freinet.
Dés le 20 novembre 1989, la télévision sénégalaise salue l'adoption de la Convention,
et lui consacre plusieurs émissions... Cette médiatisation a des effets immédiats.
C'est ainsi que Serigne Bassirou Cissé, Marabout à Djourbel, fait arrêter les
flagellations et les mauvais traitements dans son daara à cause de la Convention sur les
droits de l'enfant dont il avait entendu parler. Dans une lettre à l'UNICEF, du 12
janvier 1990, il écrit : "je tenais à confirmer ma volonté inébranlable de
respecter et de faire respecter, partout où mes compétences me le permettront, les
droits de l'enfant.".
Début janvier 1990, à la demande de l'Inspecteur d'académie de Saint louis, où je suis
en mission pédagogique, je présente la Convention, au Centre culturel français. Plus de
200 personnes y participent, dont beaucoup d'enseignants. Je suis surpris de cet
intérêt, grandement supérieur à celui rencontré en France, un intérêt qui se
confirme à l'école de Diawar, avec qui notre école de Ragon, à Rezé, a engagé un
partenariat.
Dans ce petit village perdu au fond de la brousse, l'inspecteur, les instituteurs des
environs, des enfants et des parents se sont déplacés pour discuter des droits de
l'enfant. Nous y abordons tous les points qui soulèvent des problèmes : une école
obligatoire et gratuite pour tous, filles et garçons ; le soutien de l'Etat aux familles
pour qu'elles puissent donner à l'enfant tout ce dont il a besoin pour son
développement, sa santé, son éducation ; la liberté de pensée et de religion ; le
travail des enfants ; une discipline qui res-pecte leur dignité Les questions sont
nombreuses...
des inquiétudes s'expriment...mais aussi une volonté d'aller dans le sens d'un plus
grand humanisme.
Les enfants interrogent:
Pourquoi on ne donne pas à l'école, à chaque élève, un livre ?
Notre école est vieille, pourquoi nos parents ne la réparent-ils pas ?
A midi nous quittons l'école française pour l'école arabe, pourquoi on ne nous laisse
pas nous reposer ?
A la maison nous travaillons beaucoup, pourquoi on ne nous laisse pas jouer un peu ?
Le vieux marabout se montre très sensible à la recherche d'une autre discipline. Lui
aussi envisage la suppression des châtiments corporels.
On m'interpelle, fort justement, sur la solidarité des pays riches qui est une des
conditions pour que tous les enfants puissent voir leurs droits respectés. Notre école
vient d'obtenir l'aide du Ministère de la Coopération de France, pour créer un jardin
coopératif et mettre de l'eau potable dans l'école. Ici les paroles ne suffisent pas
pour être crédible, il faut des actes.
Mais chacun sait aussi que la coopération n'est pas l'assistanat : leur sort est entre
leurs mains.
Jean Le Gal
Depuis des années, bien des projets se
sont réalisés grâce à lAssciation Sénégalaise de lEcole Moderne
Pédagogie Freinet. Dans le numéro de cette revue, on parle des droit de lenfant à
Diawar :
le droit à une identité
Le droit à la satisfaction de ses besoins vitaux : lhabitat, la santé, diminution
du taux de mortalité enfantine, la solidarité, de lhygiène quotidienne, ...
Lécole, le droit à léducation
Le droit à lexpression et à la communication
Le droit à lenfance
Si vous souhaitez recevoir cette revue ou avoir de plus amples renseignements, contacter
Jean Le gal, Association des Amis de Diawar, Maison de quartier de Ragon - 44000 Rezé
France